Van Rompuy, comme prévu
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Van Rompuy, comme prévu

Olivier le Bussy

Publié le - Mis à jour le

C’est chose faite : le Premier ministre belge Herman Van Rompuy peut commencer à préparer les cartons pour son (court) déménagement. Au 1er janvier 2010 (au plus tard), le Premier ministre belge abandonnera ses quartiers du 16 rue de la Loi pour le Juste Lipse, siège du Conseil, sis au 175 de la même artêre bruxelloise.

Réunis jeudi soir à Bruxelles, les chefs d’Etat et de gouvernement des Vingt-sept ont, comme attendu, porté leur dévolu sur Herman Van Rompuy pour devenir le premier président stable (le mandat est de deux ans et demi et est renouvelable une fois) du Conseil européen - fonction créée par le traité de Lisbonne.

"Je suis convaincu qu’il sera un bon président", a déclaré le Premier ministre suédois Reinfeldt dont le pays préside actuellement l’Union et qui, à ce titre, a mené les négociations.

"C’est difficile d’avoir un meilleur choix", a enchéri le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso. Glissant au passage que cette nomination pouvait être vue "comme un hommage à la Belgique" et une "marque de gratitude envers un Etat membre fondateur" qui s’est toujours engagé en faveur de la construction européenne.

"Même s’il m’est particulièrement difficile d’abandonner la direction de mon pays, j’accepte votre décision et je vous remercie de l’honneur que vous me faites", a répondu le futur ex-chef du gouvernement belge à l’adresse de ses pairs. "Je n’ai pas sollicité cette haute fonction. Je n’ai entrepris aucune démarche", s’est-il empressé de préciser. "Mais à partir de ce soir je l’assume avec conviction".

A la suite de quoi, M. Van Rompuy a exposé, en français, anglais et néerlandais, sa philosophie européenne et sa vision de sa fonction. "L’Europe doit être un avantage pour chacun de ses Etats membres". L’Europe, a-t-il complété, "tient sa force de son unité, et sa force de sa diversité". Aussi, à l’estime de celui qui sera chargé de faciliter les compromis entre les Vingt-sept, "chaque pays doit sortir victorieux d’une négocia tion. Une négociation qui se termine par la défaite d’une des parties est une mauvaise négociation". Avant d’ajouter : "Il y a eu encore beaucoup de débats sur le profil du futur président du Conseil mais un seul profil est possible. C’est celui du dialogue de l’unité et de l’action. L’image du Conseil est façonnée par les résultats".

Au-delà de son rôle sur la scène européenne, l’homme-qui-ne-voulait-pas-être-Premier-ministre sera désormais l’une des figures de l’Union européenne aux yeux du monde. Union dont il entend, au nom de ses valeurs, qu’elle prenne ses responsabilités.

Cette tâche de représentation extérieure, Herman Van Rompuy veut la partager en bonne intelligence avec la Britannique Catherine Ashton, désignée Haut(e) représentant(e) des Affaires étrangères de l’Union et le président de la Commission.

Ce qui, inévitablement amène à se poser la question suivante : trois têtes, n’est-ce pas deux de trop ? A une question de la presse qui s’interrogeait sur l’identité de la personne avec laquelle Barack Obama devrait désormais prendre contact pour parler avec l’UE, Herman Van Rompuy, a répliqué, sourire en coin, qu’il attendait "avec impatience son premier coup de fil avec anxiété". Une façon malicieuse de souligner qu’il était prêt à parler d’égal à égal, ou presque, avec les grands du monde.

Cette première prise de contact du Belge avec la presse européenne aura fait taire les critiques de ses détracteurs, qui le décrivaient comme un homme terne et sans envergure.

Ce qui n’avait pas empêché les observateurs d’en faire le grand favori, depuis trois semaines. Bien que les voies des des dirigeants européens soient parfois impénétrables, et leur humeur volatile, la nomination d’Herman Van Rompuy était en effet attendue, aucun Etat membre n’ayant de préventions majeures à son endroit. De même qu’était attendue la nomination du Français Pierre de Boissieur comme secrétaire général du Conseil européen - rouage administratif, mais essentiel au bon fonctionnement du cénacle des chefs -, en remplacement du partant Javier Solana.

Ce qui l’était moins, en revanche, c’est la désignation de la commissaire britannique Catherine Ashton au poste de Haut(e) représentant(e) pour les Affaires étrangères de l’Union, autre nouveauté institutionnelle.

Plus surprenante encore fut la rapidité avec laquelle les dirigeants européens sont parvenus à résoudre ce qui, la veille, apparaissait encore comme un véritable casse-tête.

C’est dans l’après-midi que la situation s’est débloquée, lors de la réunion des leaders socialistes européens. Comme il était acquis que la droite conservatrice du Parti populaire européen, première famille politique de l’UE, agrandirait sa collection de présidence - elle briguait celle du Conseil européen, après avoir déjà fait tomber dans son escarcelle celle de la Commission - la gauche entendait bien qu’un des siens soit nommé chef de la diplomatie européenne.

Suite au refus du chef de la diplomatie britannique, David Miliband, de s’asseoir sur le siège qu’on lui présentait, les socialistes avaient jeté leur dévolu sur l’Italien Massimo D’Alema. Jusqu’au moment où Londres s’est enfin décidé à jouer cartes sur tables.

Conscient que la désignation de son prédécesseur Tony Blair à la tête du Conseil était une cause perdue, tant était grande l’opposition à son égard, le Premier ministre britannique Gordon Brown a changé son fusil d’épaule. Abandonnant ses prétentions sur le poste de président du Conseil européen, M. Brown a réclamé celui de poste de chef de la diplomatie européenne pour sa compatriote Catherine Ashton.

Un beau coup double qui permettait de satisfaire les sociaux-démocrates européens, d’accéder au souhait de ceux qui, comme la présidence suédoise, entendaient qu’une des fonctions phares de la nouvelle architecture institutionnelle de l’UE soit attribuée à une femme.

Effets en cascade : la candidature de Catherine Ashton plombait celle de l’ex-présidente lettone Vaira Vike-Freiberga, qui avait fait de la question du genre une des clés de sa campagne "électorale" pour s’installer à la tête du Conseil européen. Cette dernière et Tony Blair hors course, plus rien n’entravait la route d’Herman Van Rompuy, par ailleurs soutenu par l’axe Paris-Berlin. A plus forte raison qu’il était hautement improbable que les Premiers ministres néerlandais et luxembourgeois Jan Peter Balkenende et Jean-Claude Juncker - également considérés comme des prétendants sérieux à la fonction - maintiennent leur candidature contre un autre représentant du Benelux.

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