Bonne nouvelle pour l’Europe : Herman Van Rompuy pourra désormais prendre la parole à l’Assemblée générale de l’Onu dans le même groupe que les Dimitri Medvedev ou Barack Obama. Plus besoin d’attendre des jours et des jours que tous les Etats membres de l’Organisation aient parlé - et l’on se souviendra que certains prennent leur temps, comme ce fut le cas de Mouammar Kadhafi qui avait passé une heure et demie au perchoir et déchiré la Charte des Nations unies sous les yeux du monde. Les membres des Nations unies ont voté, mardi à New York, une résolution accordant un statut spécial à l’Union, avec 180 voix favorables et deux abstentions, de la Syrie et du Zimbabwe.

Catherine Ashton, qui a mené des négociations discrètes jusqu’au dernier moment, s’est dite "ravie". Comme Herman Van Rompuy, la Haute représentante pour la politique étrangère de l’Union gagne le droit de prendre la parole parmi les siens, en l’occurrence les chefs de la diplomatie. "L’UE atteint un haut degré de reconnaissance comme acteur global aux Nations unies", s’est félicité le président du Conseil européen. Jusqu’ici, elle disposait d’un statut d’observateur lui donnant le droit de prendre la parole après les délégations des 192 pays membres, ce qui dure bien au-delà de la semaine ministérielle qui, seule, retient l’attention des médias. Dans la pratique, l’Etat membre assurant la présidence du Conseil de l’Union profitait donc de son accès au pupitre pour livrer la position européenne quand il restait quelqu’un pour l’écouter, tandis qu’un représentant des institutions montait à la tribune dans le même groupe que la Communauté des Caraïbes ou l’Autorité internationale des fonds marins

Avec cette résolution, l’Onu tient compte de la création des nouvelles fonctions permanentes européennes depuis l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne. L’UE peut désormais parler et exercer un droit de réponse à l’Assemblée, en même temps que les Etats membres, mais n’a ni le droit de vote, ni ceux de présenter des candidats, se porter coauteure de résolutions ou présenter une motion d’ordre.

Ce qui devait passer comme une lettre à la poste ne s’est cependant pas fait sans mal. En septembre dernier, le renvoi du vote sur le statut de l’Union avait laissé les chancelleries européennes désemparées à quelques jours de la semaine ministérielle de l’Assemblée générale. On avait tenté de minimiser la portée de l’événement qualifié de "question technique" par l’entourage d’Herman Van Rompuy. Mais, à quelques jours de l’événement, on ne savait pas, du coup, qui parlerait au nom de l’UE à New York - ce fut finalement Yves Leterme.

L’Union avait, notamment, dû faire face à l’opposition du groupe des Caraïbes, qui a réitéré ses critiques mardi. "Cette résolution trace-t-elle la voie vers encore plus de marginalisation des petits Etats ?", a interrogé la représentante des Bahamas, au nom de la Caricom, craignant la création "d’une nouvelle catégorie d’observateurs non étatiques". Permettre à un représentant de l’UE de prendre la parole en tant qu’observateur revient à accorder une 28e voix à un groupe qui en compte déjà 27, a pour sa part estimé l’ambassadrice de Nauru. Des détracteurs suspectaient aussi l’UE de rechercher un privilège dont seraient privées d’autres organisations régionales, comme l’Union africaine ou la Ligue arabe. Or, pour le représentant hongrois, la résolution ouvre "la voie à la possibilité de voir d’autres organisations régionales bénéficier du statut ainsi reconnu à l’Union européenne".