CORRESPONDANT PERMANENT à PARIS

Le porte-parole de l'Elysée, David Martinon, a renoncé lundi à conduire la liste de l'UMP aux prochaines élections municipales à Neuilly-sur-Seine (banlieue parisienne). En octobre, c'est à l'instigation du chef de l'Etat qu'il avait été investi dans cette ville. Mais ce parachutage n'avait jamais pris. Ce week-end, un sondage avait donné l'UMP devancée au premier tour par une liste dissidente de droite. Les colistiers de David Martinon - dont Jean Sarkozy, le propre fils cadet du chef de l'Etat - s'étaient alors désolidarisés de lui. Il ne restait dès lors plus à l'ex-futur maire de Neuilly qu'à renoncer à son fauteuil en or.

Dans la foulée, David Martinon a présenté sa démission du porte-parolat de l'Elysée, qui a été refusée par le chef de l'Etat. Cependant, nul à Paris ne le voyait maintenu très longtemps à ce poste : difficile de parler au nom de quelqu'un qui, au pire, vous a laissé tomber, au mieux n'a pas empêché son propre fils de vous humilier en direct devant les caméras de télévision du pays entier.

Le secrétaire général adjoint de l'UMP a tenté lundi de réduire le vaudeville de Neuilly à une "affaire de crise interne à l'UMP locale", dans laquelle "Nicolas Sarkozy n'est pas intervenu directement". Outre que ce dernier point est difficile à croire, s'agissant d'une ville dont le Président fut longtemps le maire, tel n'est en tout cas pas l'avis de l'opposition, des médias, voire en privé de cadors de l'UMP, qui confèrent à cette affaire une nette portée symbolique la rendant politiquement assez catastrophique.

"Soap opera" et "farce"

Comme un seul homme, en effet, opposition et médias ont enfourché leur cheval favori : la critique des "moeurs de Cour" d'une "monarchie élective" désormais "aux abois". Agitée par les "intrigues de palais". Rythmée par "les sacres", "adoubements", "disgrâces" et "règlements de comptes" entre "hommes liges" et "courtisans" . Voire sujette aux "jacqueries" dans des "fiefs". Un vrai drame shakespearien, que ce "dauphin tué par le fils du prince" ? Un vulgaire "soap opera", une "farce", "un feuilleton malsain", ont fustigé lundi socialistes et centristes. Faisant notamment allusion au fait que David Martinon était un proche de Cécilia Sarkozy et qu'auraient eu sa peau ces conseillers présidentiels qu'à l'époque, l'ex-première Dame avait écartés.

Que le PS et le Modem donnent des leçons de dignité et d'unité alors que ces partis eux-mêmes sont en proie à tant de cacophonies et de trahisons à répétition peut certes faire sourire. Il n'empêche, leur diagnostic conjoint et "abasourdi" selon lequel le fiasco de Neuilly porte atteinte à "la dignité de la fonction présidentielle" - cette "ambiance de fin de règne", comme écrit "Le Monde" ce mardi - pourrait ne pas rester sans écho auprès de l'électorat de droite, âgé et provincial qui, dans les sondages ces dernières semaines, a sanctionné un Président jugé oublieux de ses promesses mais également pas convenable dans son style et sa vie privée.

L'épisode traduit aussi la fébrilité d'une majorité impopulaire et menacée par un vote-sanction d'une ampleur historique (lire "LLB" du 1/2). Un mois avant le précédent scrutin municipal, en 2001, les sondages prédisaient également une vague rose et, le jour dit, la vague fut bleue, a rappelé l'UMP lundi, comme pour mieux afficher sa "sérénité". L'argument est exact historiquement mais malhabile politiquement. Car les pataquès ont indéniablement été nombreux, dernièrement : des rumeurs de démissions ministérielles aux critiques ouvertes de barons de la majorité, en passant par la fronde du Sénat sur des textes importants, la crispation avec les médias, le rappel à l'ordre de Nicolas Sarkozy à ses ministres en plein Conseil, ou les cadeaux préélectoraux non-financés. Si ces cafouillages témoignent d'une "sérénité", alors l'électorat peut vraiment craindre les périodes d'affolement.