Ils étaient venus goûter aux charmes paisibles de la capitale française, scintillante des illuminations de Noël. Des touristes éberlués se sont trouvés plongés samedi dans des scènes de guerilla urbaine, entre voitures incendiées et nuages de gaz lacrymogène à Paris. (Le détail complet sur le bilan des incidents à Parisi ici)

L'un de nos collègues, présent à Paris ce samedi en fin de journée, nous a envoyé ces deux clichés pris dans un restaurant et qui témoignent de l'ampleur de la situation.

© DDM
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A l'issue de cette troisième journée d'action nationale des "gilets jaunes", 412 personnes ont été interpellées dans la capitale, 378 personnes placées en garde à vue et 133 blessées, dont 23 parmi les forces de l'ordre. Au total, près de 190 départs de feu ont été traités par les sapeurs-pompiers pendant la journée et six immeubles incendiés.

Dégradations "importantes" à Charleville-Mézières, six blessés, dont quatre policiers

Des dégradations "importantes" ont été commises samedi à Charleville-Mézières (Ardennes) en marge d'une manifestation des "gilets jaunes", au cours de laquelle quatre policiers et deux manifestants ont été blessés, a-t-on appris de source préfectorale.

"Depuis ce matin, au plus fort des manifestations, il y a eu de 500 à 600 manifestants avec une frange de 40 casseurs qui se sont livrés à des exactions et à des dégradations importantes sur le mobilier urbain, avec des incendies", a déclaré à l'AFP Marie Cornet, sous-préfet des Ardennes.

Des projectiles, notamment des boules de pétanque, ont été lancés vers les forces de l'ordre, d'après la même source.


Dans un communiqué diffusé en fin d'après-midi, le préfet des Ardennes "appelle à nouveau solennellement les manifestants au calme", précisant que quatre personnes ont été interpellées.


Une préfecture incendiée en Haute-Loire

La préfecture de Haute-Loire, au Puy-en-Velay, a été incendiée lors d'un rassemblement de "gilets jaunes" qui a dégénéré mais le feu était "circonscrit" samedi soir. Des personnes ont "lancé des projectiles enflammés de type cocktail Molotov" qui ont déclenché des feux dans la préfecture et dans d'autres locaux administratifs voisins, a précisé une porte parole de la préfecture.

Des manifestants avaient dans un premier temps empêché les camions de pompier d'accéder aux incendies, a-t-elle ajouté.


A Marseille aussi, ça dégénère

Gilets jaunes, motards, manifestants revendiquant "le droit à un logement digne" ou encore sympathisants de la CGT: plusieurs milliers de personnes ont protesté samedi dans les rues de Marseille, avant que n'éclatent des débordements avec des scènes de pillage.

Treize personnes ont été interpellées dans la soirée, a indiqué la préfecture de police, notamment pour le pillage d'une boutique de téléphonie et l'incendie d'un véhicule de police sur la Canebière. Les affrontements avec les forces de l'ordre qui ont répliqué par des tirs de gaz lacrymogène ont débuté peu de temps après le rassemblement des différents cortèges sur le Vieux-Port.

Selon la préfecture de police, les différentes manifestations ont réuni 300 gilets jaunes, 100 motards et environ 350 manifestants appelés par la CGT à se mobiliser pour réclamer un changement de la politique du gouvernement.



Toujours dans le Sud-Est, plusieurs personnes ont été interpellées à Nice après des heurts de "gilets jaunes" avec la police, a indiqué la préfecture des Alpes-Maritimes. Dans l'Hérault, l'autoroute A9 a été coupée entre Béziers et Sète après l'envahissement des voies dans la matinée et quelque 500 "gilets jaunes" ont défilé dans le centre-ville de Montpellier.

Quelque 75.000 manifestants dans toute la France, des échauffourées dans d'autres grandes villes

A 17H00, quelque 75.000 manifestants ont été recensés par les autorités sur l'ensemble de la France. La première journée nationale, le 17 novembre, avait réuni 282.000 personnes, et la deuxième 106.000, dont 8.000 à Paris.

La plupart des mobilisations se déroulaient dans le calme mais des échauffourées ou face-à-face tendus entre manifestants et forces de l'ordre ont eu lieu à Bordeaux, Toulouse, Nantes, Dijon ou Tours. Tours où les incidents ont fait 30 blessés dont un manifestant qui a eu la main arrachée. A Bordeaux, sept personnes, un policier et six manifestants, ont été blessées. Un des manifestants a également ici été grièvement atteint à la main, perdant plusieurs doigts dans l'explosion d'un engin pyrotechnique.


Plusieurs opérations de blocage et de filtrage étaient recensées notamment dans le Var au péage de Bandol sur l'A50 et dans les Bouches-du-Rhône.

A Nantes, une cinquantaine de "gilets jaunes" ont fait irruption à deux reprises samedi matin sur le tarmac de l'aéroport de Nantes Atlantique tandis que de brèves échauffourées ont éclaté à Strasbourg.