Correspondant en Europe du Nord

Peu après quinze heures vendredi, une bombe a explosé dans le quartier des ministères à Oslo, saccageant le ministère du Pétrole et de l’Energie et endommageant les bâtiments environnants, dont ceux abritant le Premier ministre.

A l’heure de boucler cette édition, les secouristes avaient recensé au moins sept morts et des dizaines de blessés, dont neuf dans un état critique.

Le chef du gouvernement travailliste, Jens Stoltenberg, présent sur les lieux, s’est montré sur les écrans de la chaîne de la télévision publique NRK pour assurer qu’ "aucun membre du gouvernement n’a été blessé dans cet attentat".

"C’est une situation très sérieuse", constate-t-il, et "bien qu’on soit préparé au pire, c’est toujours dramatique quand de telles choses arrivent". Il a ensuite réuni un cabinet de crise dans la soirée pour analyser cet attentat, l’un des rares survenues dans le paisible royaume de Norvège. Il s’est montré prudent, refusant de spéculer sur des liens possibles entre cet attentat et l’engagement de la Norvège en Libye.

La rue où a eu lieu la très forte déflagration ressemble à une zone de guerre : fumée dans le ciel, vitres brisées, débris calcinés, ambulances toutes sirènes hurlantes et voitures de police en grand nombre.

Un des témoins de l’explosion, Geir Pettersen, raconte : "J’attendais un bus près de "Verdens Gang", un tabloïd d’Oslo, lorsque j’ai entendu une détonation terrible, suivie par d’autres et des vitres qui tombaient, des gens qui sortaient des immeubles, en courant, le visage ensanglanté", confiait-il à la presse.

Selon les indications dont dispose la police, il s’agirait d’un attentat à la voiture piégée. Des témoins ont en effet signalé avoir vu un véhicule suspect passer dans la rue sinistrée peu avant l’explosion tandis que d’autres auraient aperçu une voiture noire avec quatre occupants quitter le quartier du gouvernement au moment de l’attentat.

Les spéculations abondent. Sur les réseaux sociaux comme Twitter notamment, les théories imputant la responsabilité à des étrangers se propagent très rapidement. Des musulmans seraient derrière cet attentat qui a eu lieu un vendredi après-midi, après la grande prière du vendredi.

Pour le chercheur Staale Uriksen du centre NUPI (NdlR : Institut norvégien de politique étrangère), interrogé par NRK, "il est vraisemblable qu’il s’agisse d’une bombe de très forte puissance placée devant l’immeuble" du ministère du Pétrole et de l’Energie.

La police, craignant que d’autres bombes soient dissimulées dans les environs, a appelé la population à quitter le centre de la capitale tandis que les locaux des journaux et de l’agence norvégienne de presse étaient évacués.

La situation dramatique, inhabituelle en Norvège, est montée encore de plusieurs crans lorsqu’une fusillade éclatait sur une île Utoeya, faisant plusieurs morts, selon la deuxième chaîne de télévision TV2. Un homme, déguisé en officier de police, a tiré sur des jeunes réunis dans un camp d’été du Parti travailliste, près d’Oslo.

Selon la télévision NRK, la police a arrêté le tireur ainsi qu’un complice, en refusant de fournir d’autres détails à ce sujet.

En ce vendredi "noir", les Norvégiens sont abasourdis par ce vent de terreur qui souffle sur leur royaume, d’autant qu’ils ne sont pas en pointe dans la lutte contre les talibans en Afghanistan ou contre le régime de Kadhafi comme le sont leurs voisins danois épargnés jusqu’à présent par les actes terroristes spectaculaires comme ceux d’aujourd’hui à Oslo et ses environs.

La police norvégienne a confirmé en début de soirée que les attaques à Oslo et Utoeya étaient liées. Mais personne n’a encore revendiqué ces deux actions terroristes. "Personne n’a pris la responsabilité de ces attaques", a déclaré M. Langlie, le chef de la brigade d’intervention dans la capitale norvégienne, s’attendant à ce que "quelqu’un le fasse" prochainement.