Pouvoir et opposition se battent à coups d’élections.

L’opposition vénézuélienne a appelé à une grève générale de 24 h, jeudi, pour protester contre l’élection, le 30 juillet, d’une assemblée constituante.

En faisant élire cette nouvelle institution, le président Nicolas Maduro entend répondre à trois mois de protestations violentes de l’opposition (96 morts dus aux manifestants et à leur répression). Celle-ci est galvanisée par la spectaculaire crise économique qui frappe le pays à la suite de la chute des cours du pétrole et d’une mauvaise politique.

Selon le gouvernement, cette nouvelle assemblée ne remplacera pas l’Assemblée nationale, très majoritairement d’opposition depuis les législatives de 2015, mais siégera parallèlement à elle. L’opposition pense qu’il s’agit de lui retirer la seule institution qu’elle contrôle.

Dimanche dernier, l’opposition a organisé un référendum contre cette assemblée constituante; 98,3 % des votants ont dit oui au rejet de cette assemblée, à l’obligation pour l’armée de respecter la Constitution en vigueur et à des élections en vue de constituer un gouvernement d’ " unité nationale".

L’opposition considère comme une victoire le vote, selon ses chiffres, de 7,6 millions d’électeurs en sa faveur à ce scrutin - que le gouvernement considère comme une "consultation interne" - soit un peu plus d’un tiers de l’électorat vénézuélien, qui atteint 19 millions de personnes. Pourquoi ? Parce que le président Maduro avait été élu en 2013 avec 7,5 millions de voix. Toutefois, le résultat de dimanche est en baisse par rapport aux législatives de 2015, lors desquelles l’opposition avait remporté la majorité absolue à l’Assemblée nationale avec 7,7 millions de voix.

Menaces de Trump

Elle a toutefois obtenu le soutien du président Donald Trump, qui a qualifié Nicolas Maduro de "mauvais dirigeant rêvant de devenir dictateur" alors que, selon l’agence Reuters, citant des sources officielles à Washington, l’administration américaine s’apprête à prendre des sanctions contre plusieurs personnalités vénézuéliennes pour atteinte aux droits de l’homme.

Federica Mogherini, à la tête de la diplomatie européenne, a quant à elle appelé lundi dernier à des "gestes politiques" pour "faire retomber la tension", comme la suspension du scrutin du 30 juillet.

Comme lors du coup d’Etat

L’opposition a promis, elle, de renforcer son mouvement de protestation par des barrages routiers, des sit-in, voire une marche sur le siège de la présidence comme lors du coup d’Etat de 2002 contre Hugo Chavez, auquel avaient participé les deux principaux leaders de l’opposition d’aujourd’hui : Leopoldo Lopez, qui vient d’être libéré de prison et assigné à résidence pour raisons de santé après une condamnation pour sa responsabilité dans des violences en 2014 (43 morts), et Henrique Capriles, ancien candidat malheureux à la présidence contre MM. Chavez et Maduro. Les auteurs du coup d’Etat, appuyés par Washington et Madrid, avaient immédiatement dissous l’Assemblée nationale et la Cour suprême et aboli la Constitution, avant que la rue et une partie de l’armée libèrent Hugo Chavez.

L’opposition veut des élections présidentielles anticipées pour remplacer M. Maduro avant la fin de son mandat, prévue début 2019.

Piètre dirigeant, M. Maduro a aggravé la crise économique et bloqué l’organisation par l’opposition d’un référendum révocatoire contre lui, procédure pourtant inventée - et gagnée - par son "mentor" Chavez.