Le président vénézuélien Nicolas Maduro a lancé mardi le processus d'assemblée constituante, fortement contesté par l'opposition, alors que les manifestations émaillées de violences ont déjà fait plus d'une cinquantaine de morts en près de deux mois.

Devant des milliers de sympathisants arborant t-shirts et casquettes rouges, le chef de l'Etat a signé le décret fixant les modalités d'élection des 540 membres de cette assemblée appelée à rédiger une nouvelle Constitution, une manoeuvre selon l'opposition pour s'accrocher au pouvoir.

M. Maduro a expliqué que 176 de ces constituants seront désignés par des groupes sociaux (syndicats, retraités, étudiants...) que l'opposition accuse d'être sous la coupe de M. Maduro, les autres 364 membres devant être élus selon un découpage par circonscriptions municipales. Plusieurs analystes redoutent qu'il en profite pour placer nombre de ses partisans.

Le président socialiste a précisé que la Constituante siégerait dans l'hémicycle du Parlement, seul pouvoir public contrôlé par l'opposition depuis sa large victoire aux législatives de fin 2015.

Cette annonce revient de fait à déloger les actuels députés élus, dont le sort n'a pas été précisé.

Il s'agit d'"une élection sur-mesure, d'un processus conçu pour que le vote chaviste (du nom du défunt ex-président Hugo Chavez, 1999-2013, ndlr) vaille plus que celui de l'opposition", a réagi sur Twitter l'analyste Eugenio Martinez.

Une fois le décret signé, le texte devait être remis officiellement par les fidèles de Nicolas Maduro aux autorités électorales.

"Que ce soit le peuple qui le remette (...) Des élections, vite! Une constituante démocratique, pas de haine, de fascisme, de bandes armées qui pillent et volent", a-t-il déclaré.

Cette mobilisation des pro-gouvernement intervient au lendemain d'une nouvelle journée de manifestation des antichavistes émaillée de pillages et d'incendies de bâtiments dans l'Etat de Barinas (ouest), où trois personnes ont été tuées par balle.

Le président Maduro et son camp accusent les dirigeants de l'opposition d'"actes de terrorisme" en vue de perpétrer un coup d'Etat.

En face, l'opposition, qui dénonce une "répression sauvage" des forces de l'ordre, ne compte pas s'arrêter.

"Mercredi nous retournons dans la rue. Est-ce que ça va continuer? Oui, ça va continuer au nom de ceux qui sont tombés (morts, ndlr) et pour les enfants qui meurent faute d'antibiotiques", a déclaré lundi le député antichaviste José Manuel Olivares.

Mardi, le Parlement, seule institution contrôlée par l'opposition depuis fin 2015, devait débattre de "l'usage disproportionnée de la force dans le maintien de l'ordre public, la torture, la répression et les crimes contre le droit international".

Autrefois le plus riche pays de la région grâce à ses immenses réserves pétrolières, le Venezuela n'est plus que l'ombre de lui-même, ruiné par l'effondrement des cours du brut qui se traduit par une grave pénurie d'aliments et de médicaments.