L’ancien Premier ministre et actuel député européen qualifie le discours de David Cameron d’inconsistant, incohérent et contradictoire. Il ajoute que l’Union européenne aurait énormément à perdre d’un exit de la G-B. Pour les Britanniques, ce serait même ‘une tragédie’. Guy Verhofstadt est l'Invité du samedi de LaLibre.be.

David Cameron a prononcé un discours très important ce mercredi, car il propose d’organiser un référendum après 2015 pour savoir si la Grande-Bretagne doit ou non rester dans l’Union européenne. Une menace destinée aux Européens ?

Non, ce discours s’adressait aux membres et aux électeurs du parti conservateur britannique, et plus particulièrement aux eurosceptiques. Premièrement, c’est un discours pour apaiser leurs critiques. Deuxièmement, il est destiné à convaincre les Britanniques de voter pour le parti conservateur. En clair, Cameron dit « Je vous donnerai ce référendum si vous votez pour moi ! ». Selon moi, il n’a pas parlé en tant que Premier ministre, mais comme leader du parti conservateur. (NDLR : Selon un sondage publié par The Times, 53% des Britanniques seraient favorables à une sortie de l’UE )

La Grande-Bretagne peut-elle avoir une place en dehors de l’Union européenne ?

La place de la Grande-Bretagne est à l’intérieur de l’Europe. Depuis les guerres de Napoléon, ce pays a toujours joué un rôle important et équilibré au niveau européen. Sa sortie serait une perte pour l’Europe, car cela affaiblirait l’Europe dans le monde de demain. Pire, ce serait même une tragédie pour la Grande-Bretagne elle-même, qui en subirait des pertes énormes. Il faut savoir que 50% des exportations anglaises vont vers l’Union européenne, cela représente 158 milliards de Livres sterling par an et 3,5 millions d’Anglais vivent de cette exportation. De plus, ils ont un excédent financier avec le reste de l’Europe de 38 milliards de Livres. C’est tout cela qui est remis en cause si la Grande-Bretagne sort de l’Union.

Pour vous, on ne pourrait même pas en débattre ?

Faut pas se faire d’illusions, si on ouvre un débat sur un statut spécial pour la Grande-Bretagne, avant même d’aboutir à un statut, ils sont dehors! Ils ne sont déjà pas dans l’Euro, ni dans Schengen… qu’est-ce qu’il reste ?

Comment François Hollande et Angela Merkel doivent-ils réagir à ce discours?

Tout simplement, ils doivent accepter des négociations, mais pas individuelles ! Sinon, on finira avec 27 statuts différents… Ce ne serait donc plus l’Union européenne, mais le chaos ! On est tout à fait d’accord pour organiser des négociations pour moderniser l’Union et la faire évoluer vers une meilleure intégration et implication des Etats, surtout au niveau de la zone euro. Cette renégociation du Traité de base pourrait se faire dans une Convention en 2015-2016, puis en 2017 les Anglais pourront – comme dans d’autres pays – organiser un référendum pour faire approuver ou pas ce nouveau Traité de base par les Britanniques.

Vous défendez plus que jamais une Union européenne mieux intégrée et davantage fédérale, mais on a le sentiment que c’est un vent contraire qui souffle actuellement.

Je ne pense pas. Je dirais même l’inverse, car on n’a jamais autant parlé d’une Europe fédérale. Il y a 5 ans, il était presque interdit d’évoquer cela. Maintenant, tout le monde en parle, voilà le pas en avant qui a été fait. Tout le monde sait qu’en 2015, on va parler de ça !

Après ce discours, bizarrement, la Commission s’est félicitée que David Cameron se soit personnellement prononcé contre l’exit de la Grande-Bretagne. Cela vous a étonné ?

Je n’ai pas du tout compris! Il ne faudrait même pas donner l’illusion aux Britanniques qu’ils peuvent renégocier encore un peu plus leur statut. D’autant que le discours de Cameron est inconsistant, incohérent et contradictoire.

Exemples ?

Cameron dit qu’il faut plus de coordination pour combattre le terrorisme et la criminalité organisée… mais, au même moment, il demande de sortir de certaines politiques communes de justice, d’affaires intérieures et de coordinations policières. Il appelle aussi à davantage de règles communes dans le marché intérieur, mais en même temps, il revendique des exceptions pour la Grande-Bretagne ! Il demande la création d’un conseil pour le marché intérieur,… mais il ne sait pas que cela existe déjà à travers le Conseil de la concurrence, qui s’occupe spécifiquement du marché intérieur. Il veut aussi moins de bureaucratie et de dispersion des institutions européennes, mais il demande des sièges supplémentaires d’institutions européennes à Londres, comme l’European Pattern Court, cette cour qui est chargée du brevet européen. C’est incohérent, même contradictoire dans la pratique.

Vous avez dit « L’Europe a besoin d’un Obama ! », vous êtes candidat ?

(rires) Je ne pourrais jamais jouer Obama… Plus sérieusement, il faudra certainement discuter, lors de la Convention pour ce nouveau Traité européen, de la possible fusion des fonctions de Président le la Commission et Président du Conseil européen. (NDLR : La première fonction est actuellement occupée par le portugais José Manuel Barosso et la deuxième par notre compatriote Herman Van Rompuy) Cela permettrait d’avoir un système beaucoup plus efficace et transparent. L’Europe actuelle, c’est un peu comme si les 50 gouverneurs d’Etats américains gouvernaient ensemble l’Amérique en se voyant que 4 à 6 fois par an. Cela ne fonctionnerait pas… c’est pourtant exactement la manière avec laquelle on gère actuellement l’Union européenne.

Entretien : Dorian de Meeûs

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