Ça grouille entre états-majors belge et français. Des échanges ont lieu pour réfléchir à un déploiement belge au Niger en 2016 dans le cadre de l’opération française Barkhane. L’idée serait qu’une compagnie de combat belge (environ 200 militaires, plus les soutiens logistiques) prenne le relais d’une compagnie française dans ce pays. Actuellement, nos voisins sont présents dans la région de Niamey (sud-ouest) au croisement avec les frontières du Mali et du Burkina Faso.

La France a lancé Barkhane le 1er août 2014 dans cinq pays de la bande du Sahel - Mauritanie, Mali, Niger, Tchad et Burkina Faso - dans le but de lutter contre les groupes terroristes djihadistes qui grouillent dans cette région africaine. Mais l’origine de l’intervention remonte à avril 2013. La France déclenchait alors l’opération Serval visant à défaire des mouvances terroristes au Mali. La Belgique s’y joignait, en proposant le support d’hélicoptères médicalisés et d’avions de transport.

Plus tard, Serval cédera le relais à des engagements européen (EUTM Mali) et onusien (Minusma). La Belgique est toujours présente dans EUTM Mali via un contingent de 80 à 90 militaires chargés d’assurer la protection du camp de Koulikoro et d’escorter des convois. Sauf prolongation décidée par le gouvernement Michel, la participation belge à l’EUTM Mali se terminera fin décembre.

En remplacement, la Belgique pourrait se réorienter vers le Niger et l’opération Barkhane. Dès le début de l’année ? Impossible à dire pour le moment. Certains parlent plutôt de mi-2016.

"Les feux presque au vert"

Le ministre belge de la Défense, Steven Vandeput (N-VA), a eu l’occasion de s’entretenir avec son homologue français, Jean-Yves Le Drian, jeudi dernier à Paris. "La problématique de la région du Sahel a été abordée de manière générale. Il a été envisagé différentes options militaires, mais aucune décision n’a encore été prise" , a indiqué mardi le cabinet Vandeput.

"Les feux ne sont pas encore au vert, mais presque", dit une source militaire. Côté politique, l’enthousiasme est plus mesuré. La porte serait ouverte chez le Premier ministre et aux Affaires étrangères, mais le ministre de la Défense demanderait encore à être convaincu. Sa préférence irait plutôt à un renforcement de la présence au Mali.

L’intérêt pour la Belgique d’un engagement au Niger serait - au moins - triple, nous dit-on. Premièrement, d’un point de vue diplomatique, notre pays compterait, entre autres, sur la participation à Barkhane pour recevoir l’appui de la France en vue de l’obtention en 2020 d’un poste de membre non permanent au Conseil de sécurité des Nations unies.

Deuxièmement, la mission est qualifiée d’"intéressante" pour les forces terrestres. Elle serait moins statique qu’au Mali et pourrait, par exemple, consister en la protection d’un territoire. Cela impliquerait potentiellement un contact direct avec des insurgés - et tous les risques inhérents. "Les militaires feraient ce à quoi ils sont formés. On pourrait envoyer pour la première fois des blindés AIV en opération."

Enfin, troisièmement, d’un point de vue plus stratégique, la mission participerait à la pacification de la région et servirait ainsi à enrayer un nouvel afflux migratoire vers l’Europe redouté par certains augures.

Alors, Niger or not Niger ? Les engagements opérationnels 2016 de la Belgique seront définitivement déterminés par le gouvernement en décembre.