Isolé au sommet d’une colline galloise, ceinturé d’un golf et d’une armada de policiers, l’hôtel Celtic Manor est depuis jeudi matin le lieu où se croisent tous les ministres de la Défense de l’Alliance atlantique et de ses pays partenaires. Et si la réplique à donner à l’Etat islamique (EI) en Syrie et en Irak n’est pas à l’ordre du jour du sommet de l’Otan, elle est dans tous les esprits.

L’hôte du jour, le Premier ministre britannique, David Cameron, a lui même lancé le sujet en déclarant jeudi matin, à la chaîne sur les télévisions, qu’il "n’excluait pas" des frappes aériennes contre les rebelles sunnites radicaux, malgré la présence d’au moins un otage britannique dans les mains du groupe.

Jusqu’à présent seuls les Etats-Unis ont mené des frappes, environ 140, en soutien des forces irakiennes et kurdes, et ont déployé près de 820 soldats pour la seule sécurité de l’ambassade à Bagdad.

M. Cameron et le président américain Obama ont aussi signé une carte blanche dans le "Times" où ils déclarent que leurs pays "ne vont pas se laisser intimider par des tueurs barbares". Mais l'intervention de soldats alliés au sol est ainsi d'ores et déjà exclue: "Je pense que la ligne rouge pour tout le monde autour de cette table est: 'pas de troupes au sol'", a souligné John Kerry.

Pour le Premier ministre britannique, il n’y a pas, à l’égard de l’EI, de "réponse simple, directe, militaire", mais "une approche dure, à long terme et intelligente". Les deux alliés souhaitent bâtir une coalition régionale pour combattre l’Etat islamique, "pas une intervention occidentale sur les têtes des Etats voisins".

D’où l’intérêt d’un sommet de l’Alliance, où sont présents des délégations de pays comme la Jordanie, le Maroc, les Emirats arabes unis et Bahreïn. Leurs ministres de la Défense participaient jeudi à une réunion conjointe avec leurs homologues de l’Otan.

Une coalition de pays volontaires

L’Alliance attend une demande officielle du gouvernement irakien pour coordonner éventuellement le transport de l’aide humanitaire vers le pays, mais ne s’engage pas dans une action militaire. Entre 2004 et 2011, l’Otan avait mené une formation de l’armée irakienne. On s’oriente donc plus vers une coalition de pays volontaires, comme en Libye. Plusieurs pays européens, dont l’Allemagne, le Royaume-Uni et l’Italie, ont décidé de fournir des armes aux Kurdes tandis que la France, qui n’exclut pas plus l’option militaire, a l’intention d’organiser à Paris une conférence internationale sur la sécurité en Irak et la lutte contre l’Etat islamique. "La communauté internationale dans son ensemble a l’obligation de stopper l’avancée de l’Etat islamique", a insisté jeudi le secrétaire général de l’Otan, Anders Fogh Rasmussen.

Pour Di Rupo, la Belgique doit rejoindre cette coalition anti-EI

Il appartiendra sauf surprise au prochain gouvernement belge de décider de se joindre ou non à la coalition internationale que les Etats-Unis ont commencé à mettre sur pied pour "détruire" l'Etat islamique (EI), un redoutable mouvement jidadiste actif en Syrie et en Irak, a affirmé vendredi le Premier ministre sortant, Elio Di Rupo. Ce n'est que si le processus de formation du prochain gouvernement fédéral s'éternise que l'équipe gouvernementale actuelle pourrait prendre une décision, a-t-il affirmé en marge du sommet de l'Otan de Newport (Pays de Galles). M. Di Rupo a toutefois précisé qu'aucune demande formelle n'avait à ce jour été adressée à la Belgique. 

"C'est (une décision) difficile" pour l'actuel gouvernement en affaires courantes, a expliqué M. Di Rupo à la presse belge. Il a dès lors plaidé pour qu'une éventuelle décision soit de préférence prise par le prochain gouvernement. Il n'a toutefois pas exclu que son équipe en discute avec le Parlement, si la formation du nouveau gouvernement se fait attendre, sans préjuger de la teneur d'une décision.

Mais nous n'avons pas été sollicités, a assuré le Premier ministre démissionnaire.



Les dirigeants alliés musclent la défense collective face à l'Ukraine

Les pays membres de l'Alliance atlantique ont décidé de créer une force "très réactive" qui pourra être déployée en quelques jours en réponse à une crise, et maintiendront une "présence continue" dans l'est de l'Europe, a annoncé le secrétaire général de l'Otan Anders Fogh Rasmussen.

Ces décisions, présentées notamment comme une réponse à l'attitude de la Russie en Ukraine, ont été prises par les dirigeants des 28 pays alliés.

Ils ont notamment adopté un Plan de réactivité (Readiness action plan, RAP) qui prévoit le déploiement de troupes en quelques jours, alors qu'actuellement la Force de réaction de l'Otan (NRF) a besoin de plusieurs semaines pour se déployer. "C'est une démonstration de notre solidarité et de notre détermination", a souligné M. Rasmussen.

"L'un des résultats de ce plan de réactivité sera que l'Otan aura une présence plus visible dans l'Est. Je pense que cela envoie un message très clair à Moscou", a-t-il affirmé. "Nous nous sommes mis d'accord aujourd'hui pour maintenir une présence et une activité continues dans l'air, sur terre et en mer dans la partie orientale de l'Alliance, sur la base de rotations", a-t-il expliqué.

L'organisation militaire de cette nouvelle force ne sera pas finalisée avant la fin de l'année. "Il faut encore voir où exactement les installations de réception seront localisées. Mais à ce jour, j'ai pris note que les pays baltes, la Pologne et la Roumanie ont indiqué vouloir accueillir de telles installations", a indiqué M. Rasmussen, prenant soin d'éviter le mot de "bases" qui risque de provoquer l'ire en Russie. L'Otan et la Russie ont signé en 1997 un "Acte fondateur" dans lequel les Alliés promettent de ne pas installer de bases permanentes dans les anciens pays du Pacte de Varsovie.

Par ailleurs, la Pologne devrait accueillir le prochain sommet des chefs d'Etat de l'Alliance à Varsovie, dans deux ans. Là aussi, c'est "un signal très fort" et une confirmation "de la présence plus visible à l'est de l'Otan", a affirmé M. Rasmussen.