En recevant le corps diplomatique à l’occasion du Nouvel an, le Pape a fait se froncer les sourcils d’une série d’ambassadeurs surtout occidentaux dont les Etats ont adopté des législations qui contreviennent aux préceptes traditionnels de l’Eglise. Un "remake" papal en quelque sorte des derniers écrits de l’archevêque de Malines-Bruxelles sur "les abus de la démocratie parlementaire" qui ont valu à Mgr Léonard une volée de bois vert de la vice-première Laurette Onkelinx. Cette fois cependant, une assertion de Benoît XVI dans ce discours où il a affirmé que le mariage entre personnes de même sexe pouvait être une menace pour l’humanité pourrait déboucher sur un coup de froid diplomatique entre la Belgique et le Saint-Siège. La sénatrice Open VLD, Nele Lijnen a en effet réclamé que le ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, convoque le nonce apostolique Mgr Giacinto Berloco pour protester contre ces propos. "Ces déclarations ne sont pas les premières et semblent faire partie d’un traitement continuellement injustifié des personnes avec une orientation homosexuelle" a précisé la sénatrice. L’élue libérale réclame dès lors une "prise de position claire de la part du gouvernement face aux attaques continuelles du Vatican contre les homosexuels, les lesbiennes et les bisexuels". Et de rappeler qu’en décembre 2008, le Vatican avait attaqué de front la déclaration des Nations unies contre la pénalisation de l’homosexualité - entre-temps signée par tous les pays de l’Union européenne. Selon Nele Lijnen, "de telles déclarations contrastent fortement avec les valeurs de base de l’Eglise, qui plaident en faveur de la tolérance et de l’amour de son prochain".

Face aux ambassadeurs, Benoît XVI avait entamé son message de manière très consensuelle en constatant que "le monde est sombre, là où il n’est pas éclairé par la lumière divine !" Selon le Pape, il est aussi "obscur, là où l’homme ne reconnaît plus son lien avec le Créateur et met en danger ses relations avec les autres créatures et avec la création elle-même".

Après avoir mentionné les développements graves et préoccupants de la crise économique et financière, Benoît XVI avait plaidé pour que cette crise soit "un aiguillon pour réfléchir sur l’existence humaine et sur l’importance de sa dimension éthique, avant de le faire sur les mécanismes qui gouvernent la vie économique". S’attachant ensuite aux "points chauds" de la planète, le Pape s’est attardé à la place de la famille dans ce monde en mutation. Entendez : "la famille, fondée sur le mariage d’un homme avec une femme". Pour Benoît XVI, "il ne s’agit pas d’une simple convention sociale, mais bien de la cellule fondamentale de toute société". "Par conséquent, les politiques qui portent atteinte à la famille menacent la dignité humaine et l’avenir même de l’humanité. Le cadre familial est fondamental dans le parcours éducatif et pour le développement même des individus et des Etats; en conséquence il faut des politiques qui le valorisent et qui aident à la cohésion sociale et au dialogue. C’est dans la famille que l’on s’ouvre au monde et à la vie et, comme j’ai eu l’occasion de le rappeler au cours de mon voyage en Croatie, l’ouverture à la vie est un signe de l’ouverture à l’ave nir."

Benoît XVI a aussi accueilli "avec satisfaction la récente sentence de la Cour de Justice de l’Union européenne, qui interdit de breveter les processus relatifs aux cellules staminales embryonnaires humaines tout, comme la Résolution de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, qui condamne la sélection prénatale en fonction du sexe". Dans la foulée, le Pape s’en est pris aux mesures législatives "qui non seulement permettent, mais parfois même favorisent l’avortement, pour des motifs de convenance ou des raisons médicales discutables". Le chef de l’Eglise catholique avait terminé son intervention par un plaidoyer pour le respect de la liberté religieuse qui est le "premier des droits de l’homme, parce qu’elle exprime la réalité la plus fondamentale de la personne". "Un droit qui pour des motifs divers est encore limité ou bafoué"...