La dirigeante birmane Aung San Suu Kyi a défendu jeudi l'emprisonnement de deux journalistes de Reuters après leur enquête sur un massacre de musulmans rohingyas par l'armée de son pays, mais elle a concédé que la crise globale, qualifiée de génocide par l'ONU, aurait pu être "mieux gérée". 

"Ils n'ont pas été emprisonnés parce que c'étaient des journalistes" mais parce que "le tribunal a décidé qu'ils avaient enfreint" la loi, a-t-elle dit lors du Forum économique mondial de l'Association des Nations d'Asie du Sud-Est à Hanoï, commentant pour la première fois ce jugement prononcé le 4 septembre.

"Si nous croyons en l'État de droit, ils ont tout à fait le droit de faire appel du jugement", a-t-elle préconisé, alors que l'indépendance du système judiciaire birman est sujet à caution.

La Prix Nobel de la Paix a été très critiquée à l'étranger pour son silence dans cette affaire, au point d'être qualifiée de "porte-parole des militaires" par un haut-responsable de l'ONU.

Campant sur sa ligne de défense, elle s'est aussi montrée imperméable aux accusations contre l'armée birmane venues de l'ONU, qui a parlé fin août de "génocide" de la minorité musulmane des Rohingyas.

Tout juste a-t-elle concédé que les militaires auraient pu "mieux gérer" la crise, qui a conduit à l'exode au Bangladesh de 700.000 personnes depuis l'été 2017.

"A posteriori, il y a bien sûr des façons dont la situation aurait pu être mieux gérée", a-t-elle dit en marge du Forum économique à Hanoï.