Les hommages unanimes des représentants de l'Eglise catholique, à tous les échelons mais aussi ceux de porte-paroles d'autres confessions religieuses et de nombre de ténors politiques sans distinction de clivages le montrent, si besoin en était encore : Soeur Emmanuelle partie, dans la nuit de dimanche à lundi, sur la pointe des pieds "rejoindre Celui qui l'a aimée toute sa vie", à un peu moins d'un mois de son centième anniversaire, entrera dans l'Histoire comme une religieuse et une femme exceptionnelle. Mieux encore : comme une héroïne du XXe siècle qui dans la seconde moitié de sa longue existence terrestre a volontairement tout sacrifié pour aider les écorchés de l'existence.

Une jeunesse passée dans la bonne société bruxelloise aurait pu l'amener à opter définitivement pour les plaisirs futiles et faciles avec un beau mariage pour couronner le tout mais les épreuves que la vie lui avait fait subir l'avaient enhardie et même encouragée à se mettre au service des plus démunis.

Loin des écoles huppées d'Afrique et d'Asie où elle tenta de faire passer sa passion pour le Christ, elle trouva le bonheur dans les bidonvilles du Caire, parmi les plus rejetés des parias, chez les "zabbalines", les ramasseurs d'ordures.

Quelques années plus tard, Soeur Emmanuelle avait réussi à sensibiliser l'opinion de nos pays à son combat par son engagement. Lors de voyages scolaires en Egypte, une rencontre avec la pétillante religieuse était aussi prisée que la découverte des pyramides de Chéops ou des temples de Louxor. Et les petites rivières de la solidarité parfois aussi négligeables que les filets d'eaux aux sources du Nil au Soudan se muaient progressivement en grands fleuves comme au coeur du Caire.

C'est aussi une fierté de "La Libre Belgique" d'avoir pu apporter sa petite pierre à un édifice en l'occurrence sportif, comme on le rappelle par ailleurs. Mais par-delà ces belles opérations de solidarité, il y avait aussi le message d'une grande croyante qui voulait mettre les hommes debout.

Sans distinction de religion ou de race mais en veillant à puiser le meilleur dans toutes les cultures pour un monde un peu plus juste, un peu plus fraternel. Jusqu'à son ultime souffle, Soeur Emmanuelle se sera battu pour les enfants du monde, pour tous les enfants qui ont droit à une part de bonheur...