Dans un climat électrique, plusieurs milliers de taxis en colère contre la "concurrence sauvage" du groupe américain Uber ont manifesté jeudi en France, provoquant de colossales perturbations sur les grands axes de circulation de Paris et plusieurs grandes villes. Des chauffeurs belges ont rejoint les mouvements à Paris et à Lille.

Opérations escargots, blocages des gares et des aéroports, voitures de transport avec chauffeur (VTC) prises pour cible: dès l'aube, les protestataires, au nombre de près de 3.000 sur l'ensemble du pays selon la police, ont multiplié les actions coup de poing.

Une trentaine de chauffeurs de taxi bruxellois sont partis jeudi à l'aube en direction de Paris pour rejoindre le mouvement de grogne. D'autres taximen se sont également rendus à Lille, a indiqué l'organisateur du mouvement au départ de la Belgique, sans pouvoir en préciser le nombre exact.

"Le but c'est d'occuper l'espace, parce qu'il y a un vrai ras-le-bol", a résumé Karim Asnoun, responsable du syndicat CGT de la profession. "La base attend de nous des messages forts, on est obligé de passer par cette étape de la radicalité", a renchéri Abdel Ghalfi (CFDT).

A l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle, les accès à trois terminaux étaient bloqués et la circulation perturbée, comme dans plusieurs quartiers de Paris.

A la Porte Maillot, l'un des principaux points d'entrée dans Paris, des taxis ont pris d'assaut et incendié les vans de deux conducteurs de VTC, provoquant l'intervention de forces antiémeutes et des pompiers.

Les accès de deux gares de la capitale étaient également bloqués par des dizaines de voitures.

Des actions similaires ont été menées à Lyon (centre-est), Marseille (sud), Toulouse et Bordeaux (sud-ouest) et Lille (nord) notamment.

Le mouvement a recueilli un large écho dans la classe politique française. "On ne peut pas laisser les chauffeurs de taxi victimes de la loi de la jungle", a déclaré le président socialiste de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone.

Les Républicains, le parti d'opposition de droite de l'ancien président Nicolas Sarkozy, a dénoncé lui aussi la "concurrence déloyale" d'UberPOP, l'application mobile de la société californienne qui, à prix cassés, met en relation des particuliers et des conducteurs non professionnels assurant leur transport avec leurs véhicules personnels.

Seul l'ancien Premier ministre de droite François Fillon, juge que "c'est la chienlit aujourd'hui, franchement".

Engagé depuis plusieurs mois dans un bras de fer avec l'Etat, Uber revendique 400.000 utilisateurs d'UberPOP en France, où le nombre des taxis est faible. Mais ses chauffeurs sont des particuliers sans la formation requise pour leur agrément et ils ne paient ni cotisations sociales ni impôts.

Le ministre français de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, a demandé jeudi au préfet de police de Paris de prendre un arrêté interdisant l'activité du service.

Uber est visé depuis fin 2014 par une enquête judiciaire à Paris, pour organisation illégale d'un "système de mise en relation de clients avec des personnes qui se livrent au transport routier" de passagers "à titre onéreux".

Selon une loi française récente, les conducteurs qui ne sont pas enregistrés comme chauffeur de taxi ou VTC encourent jusqu'à un an de prison, 15.000 euros d'amende, la suspension du permis et la confiscation du véhicule.

La France n'est pas le seul pays d'Europe, où l'activité d'Uber fait polémique. L'entreprise est interdite d'exercer en Allemagne et fait aussi l'objet de procédures judiciaires aux Pays-Bas et en Espagne. La Commission européenne a indiqué mardi plancher sur "une régulation appropriée".



Une voiture Uber transportant un bébé visée par un pavé

La manifestation aurait carrément pu virer au dramatique. En effet, un chauffeur Uber a expliqué au micro de I>Télé avoir été victime d'une agression de la part des taximen. Ceux-ci ont lancé un pavé en direction de sa voiture, détruisant sa fenêtre arrière. 

Le problème, c'est qu'un couple de clients se trouvaient sur la banquette... avec un petit bébé dans leurs bras. "Ils ont jeté une pierre à travers la vitre, mais on va bien", déclare la maman. "On a eu peur, vraiment très peur." L'agression de trop ?