Le vol Amsterdam-Kuala Lumpur a été abattu en plein vol dans l'est de l'Ukraine, au-dessus d'une zone de combats où s'opposent depuis plusieurs semaines des troupes ukrainiennes fidèles à Kiev et des troupes pro-russes. Pourquoi l'avion a-t-il pu survoler cette zone ? Réponse en cinq points.

Qui peut décider de la fermeture d'un espace aérien ?

Les Etats sont souverains dans leur espace aérien, comme l'a établi la Convention de Chicago en 1944. Ce sont à eux de décider, pour des raisons de sécurité, s'ils ferment ou limitent les vols sur leur territoire. Toutefois, le Conseil de sécurité de l'ONU peut également instaurer une zone d'exclusion aérienne. Ce fut le cas durant la guerre en Lybie en 2011. Tout l'espace aérien du pays a été interdit aux avions civils. De même en Irak ou en Bosnie. Les compagnies, de leur côté, peuvent aussi décider de ne pas survoler une zone pourtant encore ouverte, si elles jugent que la sécurité n'est pas assurée. Air France a par exemple précisé à l'AFP après le crash qu'elle "ne survole plus la Crimée depuis le début du conflit dans cette région, le 3 avril 2014".

L'espace était-il interdit ?

L'Ukraine avait décidé le 1er juillet d'interdire tout vol dans cet espace "jusqu'à 26.000 pieds soit 8000 mètres" le 1er juillet, et l'avait élevé à "32 000 pieds le 14 juillet". "L'espace au niveau duquel volait l'avion, 33000 pieds (10.000 mètres) était donc ouvert", confirme un responsable d'Eurocontrol, gestionnaire de l'espace aérien.

Est-il inconscient d'avoir laissé l'espace aérien ouvert ?

Depuis plusieurs jours, les combats essentiellement sur le terrain se sont déplacés dans le ciel ukrainien. Les autorités ukrainiennes ont affirmé avoir perdu plusieurs avions militaires abattus par les Russes. Fallait-il donc anticiper les risques? "Il était normal que l'espace aérien ne soit pas fermé", a estimé Christophe Naudin, spécialiste de la sûreté et de la sécurité aérienne sur le plateau de LCI. "Tous les problèmes en matière de sécurité en Ukraine étaient dans les basses couches et ne concernaient pas le trafic situé dans l'espace aérien supérieur..."

De plus, il y a fort à parier que les compagnies aériennes estimaient qu'un avion civile ne pouvait pas être confondu avec un appareil militaire. Toutefois, la compagnie pourrait avoir manqué de prudence pour des raisons économiques notamment, la route aérienne passant au-dessus de cette zone étant la plus directe pour l'Asie. C'est l'avis de Patrick Descy, secrétaire permanent CGSP- Défense interrogé par La Libre. "Il est extrêmement délicat de survoler une zone de conflit", juge-t-il. "Si l'on apprend que beaucoup de compagnies survolaient l'Ukraine, alors c'est de la folie (...) Le facteur économique est en jeu, mais c'est un fameux risque qu'ils ont pris."

La zone est-elle fermée maintenant ?

Peu de temps après le crash, les autorités ukrainiennes ont annoncé avoir fermé toutes les routes aériennes survolant l'est du pays. Plusieurs compagnies aériennes comme Air France, Lufthansa ou encore Vueling ont décidé également d'éviter cet espace aérien. La compagnie belge Brussels Airlines a précisé ne pas emprunter cette route.

Existe-t-il d'autres zones à risque dont l'espace reste ouvert ?

Doit-on craindre que la zone aérienne au-dessus de Tel-Aviv, pour l'instant cible de roquettes, soit ouverte ? Ou que des avions puissent survoler l'Afghanistan ? "Il existe des règles de sécurité particulières pour certains pays", explique-t-on chez Eurocontrol. Et d'illustrer : "Les pilotes au départ de Tel-Aviv doivent prendre des routes aériennes spécifiques. C'est aussi le cas pour la Crimée (région disputée entre l'Ukraine et la Russie, théâtre de violences ces derniers mois, NDLR). Pour ces zones à risques, les pilotes sont informés du danger afin qu'eux et leur compagnie puissent prendre leurs dispositions... "