Une opinion de l'écrivain et blogueur Marcel Sel.

Insoumis et Fillonnistes. Toute l’Europe a les yeux braqués sur vous. Votre choix de dimanche n’est plus une simple affaire intérieure. Il concerne aussi vos voisins, amies et amis, cousins et cousines européen-ne-s. Tous les partis d’extrême droite du continent sont à l’affût, triomphant déjà. Les démocrates, eux, sont dans l’angoisse : une victoire de Marine Le Pen ne signifierait rien de moins que l’effondrement de 70 ans de construction européenne. L’Europe se retrouverait morcelée. Elle ne serait plus une « complice » de la mondialisation, chacun de nos pays en serait une victime impuissante, pieds et poings liés, sans le moindre pouvoir face aux géants américain, chinois et russe.

Certes, les sondages pointent désormais le FN à 36 % et la présidence lui échappera probablement. Mais Le Pen a une autre victoire à sa portée. Tout aussi dangereuse, pernicieuse, en mesure de contribuer au succès des partis d’extrême droite de toute l’Europe.

Sur les réseaux sociaux, des militants FN écrivent : « Jean-Marie Le Pen a fait 20 %, Marine Le Pen fera 40 %, la prochaine fois, le Front national gagnera ». Elle est là, sa victoire : dans sa seule progression. Plus son pourcentage sera élevé, plus l’argument sera fort et contribuera aux succès prochains du parti d’extrême droite et de ses alliés en Europe. Qu’elle atteigne 45 % et la prétention que le FN représente « la moitié » des Français sera omniprésente dans leur rhétorique pour les cinq ans qui viennent. Le vote FN sera encore plus banalisé. Sa crédibilité encore renforcée. Et ce succès entretiendra l’engouement chez les militants, aidera à convaincre des électeurs, cachera la colossale inanité du programme frontiste.

"Le score du FN sera en soi une victoire pour tous les partis populiste d’Europe."

Partout en Europe, les partis d’extrême droite se targueront de faire partie de cette vague brune, conquérante, envahissante. Elle sera la nouvelle norme, face aux partis traditionnels en perte de vitesse. Nous vous supplions d’empêcher ça ! Les abstentionnistes et les candidats au vote blanc sont en mesure de le faire. Chaque pour cent de moins sera une victoire. Le seul objectif qui devrait vous animer serait de cantonner le résultat de Marine Le Pen sous les 30 %.

Nous comprenons vos réticences. Mais il est des moments où il faut dépasser les querelles politiques traditionnelles. Ce moment est arrivé.

Insoumis : le vote de dimanche ne sert en aucun cas à donner une large victoire à Emmanuel Macron. Il ne donnera aucun pouvoir supplémentaire à ce président. Tout se jouera aux législatives. Quel que soit le résultat d’En Marche à la présidentielle, il sera nuancé par son caractère anti-FN, comme ce fut le cas pour Jacques Chirac en 2002. Au contraire même, plus le vote anti-FN sera massif, moins il apparaîtra comme une adhésion à la politique d’Emmanuel Macron.

Nous vous supplions de vous rappeler que vous êtes des progressistes et que le fascisme est le combat fondamental à mener pour tout démocrate qui se respecte, parce qu’une fois que l’extrême prend le pouvoir, il n’y a plus moyen de la combattre du tout.

Fillonnistes, vous aimez une France digne, forte, grande, aux discours brillants, qui éclaire le monde. La République vous est chère. Nous avons regardé le débat. Nous avons vu deux images de la France : un candidat calme, posé, au programme pondéré, qu’il plaise ou non, qu’on le trouve bon ou ridicule. En face, nous avons vu une foldingue incompétente insulter, mentir, gesticuler, mélanger, invectiver comme une charretière ivre dans un troquet. Le débat présidentiel en a perdu toute dignité. Tous les correspondants étrangers l’ont vu et déploré. Regardez-vous, bon sang ! La France est la patrie du goût et de l’élégance. Un vote massif pour Marine Le Pen écornerait gravement votre image.

"Votez Macron même si vous le détestez. Votez Macron parce que vous le méprisez."

Mais pire, il imposerait aux Républicains un fardeau épuisant, continu, celui d’un parti extrémiste qui serait, plus encore qu’aujourd’hui, le poids lourd de « la droite », revendiquerait une importance supérieure au vôtre, perturberait plus encore l’élaboration d’un programme LR efficace, brouillerait toujours plus les discours de vos candidats. Votre ennemi aujourd’hui n’est pas Emmanuel Macron, mais le succès annoncé de Marine Le Pen.

Nous vous supplions de le limiter ! Empêchez-le ! Défendez-vous ! Défendez-nous ! François Fillon l’a compris et exprimé. Il vous a demandé de voter pour le seul démocrate. Entendez-le !

Abstentionnistes, enterrez vos rancœurs. Pensez à l’avenir. Pensez à la France. Pensez au progrès social. Pensez au progrès économique. Aucun programme politique, aucune formation, aucune idéologie décente ne gagnera d’une abstention ou d’un vote blanc !

Français-es. Nous vous supplions de voter Macron même si vous le détestez. De voter Macron parce que vous le méprisez. C’est ce courage-là que la raison commande. De gauche ou de droite, la France est la patrie des Lumières. Par pitié, montrez-nous qu’elle est toujours à la hauteur de cette éclatante réputation.

D’avance, merci pour nous.
D’avance, merci pour vous !


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