Les Etats-Unis ont demandé au Pakistan des informations précises sur les réseaux de combattants en Afghanistan dans le cadre d’une collaboration qui servira de test à l’engagement d’Islamabad dans la lutte antiterroriste, ont indiqué vendredi des sources pakistanaises proches des services de renseignements.

Le Pakistan, longtemps allié des Etats-Unis, dispose, via ses services secrets (ISI), d’un réseau sophistiqué d’informateurs en Afghanistan, et c’est «l’ensemble de son carnet d’adresses afghan » que lui réclame maintenant Washington comme preuve de sa bonne foi, a-t-on confirmé de source occidentale.

Le Pakistan est l’un des rares pays à reconnaître le régime fondamentaliste des taliban, qui héberge quelque part en Afghanistan le chef de guerre d’origine saoudienne Oussama ben Laden, considéré comme un suspect dans l’enquête sur les terribles attentats de mardi aux Etats-Unis.

Washington a demandé, en particulier, à avoir accès à toutes les informations pertinentes sur les réseaux de ben Laden, son système de communications et ses relais au Pakistan qui lui permettent, parfois, de faire passer des messages à ses partisans ailleurs dans le monde, ont indiqué des sources proches des services de renseignements pakistanais.

Les Etats-Unis ont averti le Pakistan que s’il ne collaborait pas dans ce processus «crucial » de fourniture d’informations, il ne serait «plus considéré comme un ami et un allié », a ajouté une de ces sources. Il s’agit d’un processus «par étapes » qui déterminera la suite des événements avant le déclenchement éventuel d’une riposte des Etats-Unis contre les auteurs présumés des attaques terroristes de New York et Washington.

Un long processus de négociations s’est donc apparemment engagé entre les Etats-Unis et le Pakistan, qui a donné son «accord de principe » à un «soutien » à Washington dans la crise actuelle. Les deux pays sont maintenant «entrés dans le détail des choses », a indiqué une source pakistanaise.

Le chef de l’ISI, le général Mahmood Ahmad, se trouvait ces derniers jours aux Etats-Unis pour une visite qui a été prolongée en raison des événements.

Jeudi, le secrétaire d’Etat américain Colin Powell avait indiqué qu’une liste de demandes américaines avait été transmise au Pakistan qui dispose d’une longue frontière avec l’Afghanistan où les contrôles ont été considérablement renforcés depuis jeudi.

Un quotidien pakistanais, The Nation, a indiqué vendredi que Washington avait également demandé l’autorisation d’utiliser l’espace aérien pakistanais mais cette information n’a pas été immédiatement confirmée de source officielle.

D’autres journaux pakistanais ont également spéculé sur l’utilisation du territoire en vue d’opérations terrestres. Le quotidien The News a parlé de «dilemme » pour les généraux d’Islamabad qui redoutent les retombées d’un tel scénario sur le Pakistan même où certains groupes religieux pourraient être tentés d’exploiter les sentiments anti-américains, particulièrement vivaces dans ce pays.

Maulana Samiul Haq, un des principaux dirigeants fondamentalistes au Pakistan, a averti vendredi que les conséquences pourraient être terribles si Islamabad autorisait l’utilisation du territoire pakistanais pour une riposte des Etats-Unis contre ben Laden.

«Je suis sûr que l’armée pakistanaise ne laissera pas cela se produire », a-t-il dit, en mettant en garde contre «une forte réaction négative de l’opinion publique ».

Toutes ces questions, en particulier la demande américaine de collaboration dans le domaine du renseignement, ont été au coeur d’une réunion vendredi à Rawalpindi, près d’Islamabad, des principaux responsables militaires pakistanais.

Le président pakistanais, le général Pervez Musharraf, également chef d’état-major inter-armes, a présidé cette réunion qui s’est poursuivie pendant une bonne partie de la journée.

Les services de renseignements pakistanais ISI sont un «Etat dans l’Etat » et certains diplomates occidentaux se demandent si le général Musharraf dispose d’une marge de manoeuvre suffisante pour faire appliquer ses décisions