Un quart de millions de câbles diplomatiques américains dévoilés par le site WikiLeaks étaient décortiqués dimanche par les grands titres de la presse mondiale, révélant les dessous de la diplomatie des Etats-Unis, comme lorsque Ryad appelait Washington à attaquer l'Iran.

La Maison Blanche a aussitôt condamné "dans les termes les plus forts" la publication "irresponsable et dangereuse" de ces documents, affirmant que l'initiative de WikiLeaks pourrait faire courir des risques mortels à des individus.

"Que ce soit clair, de telles révélations font courir des risques à nos diplomates, aux membres de la communauté du renseignement, et aux gens du monde entier qui font appel aux Etats-Unis pour les aider à promouvoir la démocratie et un gouvernement transparent", a affirmé le porte-parole du président Barack Obama, Robert Gibbs.

Condamnation également du côté du Pentagone, qui a dénoncé le fait que des documents avaient été "illégalement obtenus" par WikiLeaks, et affirmé avoir pris des mesures pour éviter que cela ne se reproduise.

Il s'agit "d'un quart de million de câbles diplomatiques américains confidentiels", écrit le quotidien The New York Times, auquel Wikileaks a donné accès aux câbles secrets comme à nombre d'autres titres de référence de la presse du monde entier.

Ces notes "offrent un panorama inédit des négociations d'arrière-salle telles que les pratiquent les ambassades à travers le monde", observe le New York Times.

Certains de ces documents sont très récents, puisqu'ils datent "du mois de février", ajoute le quotidien américain. Ces quelques 250.000 documents étalent au grand jour les pratiques habituellement tenues secrètes de la diplomatie américaine sur toute une série de dossiers, sensibles ou non.

Le quotidien britannique The Guardian indique par exemple sur son site internet que le roi Abdallah d'Arabie saoudite a appelé les Etats-Unis à attaquer l'Iran pour mettre fin à son programme nucléaire.

Concernant le dossier iranien, les documents montrent qu'Israël a poussé à la fermeté en décembre 2009 les Etats-Unis contre l'Iran, en affirmant que leur stratégie de négociation avec Téhéran "ne marchera pas", selon un document diffusé le site du quotidien français Le Monde.

Un télégramme américain relate ainsi une conversation le 1er décembre 2009 entre Amos Gilad, directeur des affaires politico-militaires au ministère israélien de la Défense et Ellen Tauscher, la sous-secrétaire d'Etat américaine. La diplomatie du président Barack Obama, "l'engagement stratégique avec l'Iran", "c'est une bonne idée, mais il est bien clair que cela ne marchera pas", y déclare M. Gilad.

Peu avant la publication des câbles diplomatiques, le dirigeant de WikiLeaks, Julian Assange, avait indiqué lors d'une visioconférence en Jordanie que les documents secrets américains concernent "tous les grands sujets". "Ces 250.000 documents secrets émanent d'ambassades américaines dans le monde entier, et nous avons déjà pu constater que la semaine passée, les Etats-Unis ont réagi en tentant d'amortir les effets que cela pourrait avoir", a-t-il dit.

Les autorités américaines avaient prévenu plus d'une dizaine de pays, dont les alliés stratégiques que sont l'Australie, la Grande-Bretagne, le Canada, Israël et la Turquie.

Elles ont rejeté samedi soir toute négociation avec WikiLeaks, en affirmant que le site internet spécialisé détenait ces informations en violation de la loi américaine.

Les premières fuites de WikiLeaks, en juillet sur l'Afghanistan, contenaient peu d'importantes révélations, et celles émanant d'Irak se concentraient en majorité sur des exactions commises entre différentes factions irakiennes.

"Notre organisation a quatre ans d'expérience dans la publication de documents", a souligné M. Assange dimanche.

"Autant que nous sachions, et autant que quiconque ait porté des accusations un tant soit peu crédibles, pas un seul individu n'a été mis en danger à la suite de quoique ce soit que nous ayons publié".