International Correspondant permanent à Paris

Je commence vraiment à en avoir assez ! Ça commence vraiment à bien faire !" Eric Woerth a perdu son calme habituel, mardi, dans les couloirs de l’Assemblée nationale. "Cela devient vraiment n’importe quoi : ça suffit ! Ça me bouleverse. Ça m’est insupportable !",s’est lâché le ministre du Travail pendant toute la journée : depuis tôt le matin jusqu’au JT de 20 heures. Il faut dire que, ce jour encore, il a été cloué au pilori par les dernières accusations en date relatives au "Woerthgate" : cette retentissante affaire de conflit d’intérêts dont est soupçonné l’ex-ministre du Budget et toujours trésorier de l’UMP. "On peut toujours croire à tous les ragots qu’on veut, mais ni moi, ni le parti n’avons jamais touché un euro illégal" de personne, a assuré le ministre. Pas un euro non plus de Liliane Bettencourt. Dont l’ex-comptable a confirmé mardi au site web Médiapart ses graves assertions faites la veille au parquet et à la police.

Fin de la semaine dernière déjà, cette comptable personnelle des Bettencourt, pendant treize ans, avait soutenu que ses ex-employeurs avaient l’habitude d’arroser le tout-Paris politique - de droite surtout, tendance Balladur - d’enveloppes d’argent liquide, au titre de financement politique occulte. Cette semaine, elle précise ses accusations.

Selon elle, fin mars 2007, le directeur financier de la milliardaire lui a demandé de retirer 150000 euros en liquide, notamment des comptes bancaires détenus à Genève par l’héritière de L’Oréal. Cette somme, lui aurait expliqué l’intéressé, était destinée à être remise à Eric Woerth afin d’alimenter la campagne élyséenne de Nicolas Sarkozy, dont l’actuel ministre gérait les comptes à l’époque. Un Nicolas Sarkozy que l’accusatrice a décrit en plus comme ayant été, de 1983 à 2002, "un visiteur régulier" des époux Bettencourt. A l’occasion de leurs fameux dîners, tenus en leur hôtel particulier de Neuilly (ville cossue de banlieue parisienne, par ailleurs fief de Nicolas Sarkozy), qui se concluaient selon elle par ces remises de fonds.

Comme n’a pas manqué de le souligner le PS François Hollande, "si ces faits sont démontrés, cette assertion serait exceptionnellement grave". Cela montrerait, en effet, que même après le vote des lois de financement des partis et campagnes politiques, Nicolas Sarkozy en personne les aurait bafouées. Puisque ces 150000 euros en liquide outrepassent clairement le montant maximal autorisé pour les dons de particuliers à un parti (7500 euros) et à un candidat (4600 euros par chèque, infiniment moins en liquide).

"On ne peut me reprocher quoi que ce soit : tout est clair, propre et net", a rétorqué Eric Woerth, "outré". Qui a fustigé "l’exploitation politique absolument extraordinaire" d’ "une cabale", d’ "une campagne" qu’il juge alimentée par "n’importe qui, qui dit n’importe quoi".

Il n’empêche, l’affaire ayant désormais pris de telles proportions, Nicolas Sarkozy lui-même, mardi, en marge d’un déplacement, n’a pu faire autrement que de l’évoquer. "J’aimerais tellement que le pays se passionne pour des grands problèmes plutôt que de s’emballer à la première horreur, la première calomnie, qui n’a pour seul but que de salir sans aucune espèce de réalité. Quelle époque ! Quel abaissement !", s’est agacé le chef de l’Etat. Qui, toutefois, est dorénavant pressé au sein même de sa majorité de s’expliquer sur ce dossier. L’hôte de l’Elysée songerait d’ailleurs à une prochaine intervention télévisée sur cette question. Dans l’espoir de calmer le tumulte.