BILAN

Le miracle n'a pas eu lieu. La séance conclusive de la Convention, qui se tenait pourtant à Bruxelles, n'a pas réussi à réunir les représentants effectifs belges autour d'une coupe de champagne pour célébrer l'adoption de la constitution européenne. Ni Karel De Gucht (VLD) ni son suppléant Danny Pieters (NV-A) n'ont pointé le bout de leur nez; Elio Di Rupo (PS) a montré son noeud papillon pendant trois quarts d'heure, le temps surtout de répondre aux interviews sur des travaux auxquels il a à peine participé, tandis que Louis Michel (MR) a patiemment assisté à presque toute la séance. «Malgré les imperfections, on peut prétendre que cette Convention a produit beaucoup plus que ce qu'auraient pu produire deux ou trois conférences intergouvernementales», s'est réjoui le ministre sortant des Affaires étrangères. Tenu informé régulièrement pas sa conseillère européenne, ses diplomates et le vice-président de la Convention Jean-Luc Dehaene (CD&V), Louis Michel n'a toutefois jamais manifesté beaucoup de passion pour la chose qu'il a largement contribué à créer. C'est sous la présidence belge au second semestre de 2001 qu'a été imaginée cette Convention comme méthode novatrice, transparente et ouverte, de réformer l'Union.

La nomination des représentants belges, qui s'était révélée assez folklorique, laissait déjà entrevoir le scénario selon lequel les trois représentants belges - du gouvernement, du Sénat et de la Chambre - ont plus brillé par leurs passages en coup de vent que leur assiduité et leur implication. Alors que la déclaration de Laeken, le bébé de Guy Verhofstadt adopté par les Quinze, prévoyait d'envoyer deux parlementaires nationaux par pays, la Chambre et le Sénat décidaient d'y envoyer non pas deux de leurs membres, mais des présidents de partis: Karel De Gucht, qu'on sait connaisseur des affaires européennes, et Elio Di Rupo, tous deux vite rejoints par Louis Michel. Aux doutes émis sur la capacité d'aussi éminentes personnalités du paysage politique belge - a fortiori dans la perspective d'élections législatives - de passer du temps à la Convention et donc d'influencer fortement son cours et la prochaine réforme européenne, Elio Di Rupo, que son voisin de session Andrew Duff n'avait jusqu'à jeudi soir plus vu depuis belle lurette, avait répondu: «C'est pour ça qu'on a des suppléants»...

Dehaene et Van Lancker

En l'absence des membres effectifs, donc, ce sont Pierre Chevalier (VLD), avec ses airs de touriste égaré, Marie Nagy (Ecolo), intéressée mais trop discrète pour espérer peser, et Danny Pieters, aux abonnés absents depuis quelques semaines, qui étaient censés suppléer. Comme le dit un proche de Valéry Giscard d'Estaing, «heureusement que la Belgique a Jean-Luc Dehaene». Lequel, bénéficiant - il est vrai - de l'appui de la diplomatie belge, a pu faire le travail que les membres ont trop peu fait, en particulier dans la phase cruciale de la fin des travaux. Les idées traditionnelles du pays ont donc circulé dans le cercle du pouvoir de la Convention grâce au très réaliste ancien Premier ministre belge, pendant qu'en session plénière, c'était la dynamique eurodéputée belge Anne Van Lancker (SP.A), qui a agi et réagi.

Si les représentants belges ont eu souvent mieux à faire, à leurs yeux, que de participer aux débats oraux, ils ont en revanche oeuvré par écrit en soumettant contributions et amendements, en réfléchissant ensemble ou en planchant avec leurs partenaires du Benelux sur des positions communes, qui ont d'ailleurs servi un temps de référence. A défaut d'agir à l'intérieur de la Convention en intervenant, en s'alliant avec d'autres membres, en influençant les débats, la Belgique a, semble-t-il, choisi de privilégier les contacts dans l'ombre, entre capitales. Les Espagnols, les Britanniques ou les Irlandais, qui se sont battus jusqu'au dernier moment, ont bien compris, eux, que ce n'était pas suffisant.

© La Libre Belgique 2003