"Zelaya doit retrouver sa place" (Interview exclusive)

International

Nicolas Roisin

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"Zelaya doit retrouver sa place" (Interview exclusive)
© AP

Oscar Arias Sanchez, le Président du Costa Rica, se montre discret quand il s’agit d’évoquer le conflit au Honduras pour lequel il joue le rôle de médiateur. Il n’a accordé que quelques rares interviews à la presse internationale. Il a cependant accepté de recevoir à San José, capitale du Costa Rica, un de nos confrères belges, Nicolas Roisin. C’est cette interview, réalisée avant les développements de ces derniers jours dans les négociations, que "La Libre" publie en exclusivité.

Comment se passent les négociations ?

Ça se passe comme pour toutes négociations de paix. Il faut beaucoup de persévérance, beaucoup de patience. Il faut à la fois apprendre à faire des concessions et à être intransigeant. Nous avons au Honduras deux parties en conflit qui ne veulent pas se voir. J’ai bon espoir que les choses s’arrangent. C’est une question de temps. Même si, comme je le répète souvent : dans une négociation de paix, on obtient ce que l’on peut, pas ce que l’on veut. Notre souhait, à nous médiateurs et communauté internationale, c’est de rétablir l’ordre constitutionnel. C’est que le président Jose Manuel Zelaya retourne au pouvoir et termine le mandat pour lequel il a été élu démocratiquement.

Car c'est toute la région qui est en danger aujourd'hui ?

Effectivement, et c’est la raison pour laquelle j’ai condamné directement et sans réserve ce coup d’Etat. La crainte est réelle pour toute la région de laisser triompher un coup d’Etat. Cela risque de donner des idées aux militaires des autres pays qui sont parfois en désaccord avec leurs gouvernements civils et qui pourraient trouver dans le coup d’Etat au Honduras une forme de légitimité pour passer également à l’action. Et beaucoup de gouvernements de la région sont fragiles. Vous savez, l’histoire de l’Amérique latine est une histoire de coups d’Etat et de dictatures sanglantes. Durant la guerre froide, les coups d’Etat pouvaient être compréhensibles aux yeux de certains. On sait que les Etats-Unis en ont en effet initié quelques-uns car ils avaient peur de certains partis politiques jugés trop à gauche. Mais aujourd’hui, un tel coup d’Etat n’est plus acceptable.

Vous dites que toute négociation de paix est question de temps. Or on sait aussi que plus la situation s'enlise, plus le danger grandit. Pour parler concrètement, combien de temps donnez-vous aux protagonistes de ce conflit pour trouver un accord ?

Deux semaines. Deux semaines au maximum. Aujourd’hui, en tant que médiateur, je n’ai rien à perdre. J’invite donc les chefs des deux délégations autour de la table. Zelaya d’un côté, les militaires de l’autre. Il est souhaitable pour tout le monde que très vite nous retirions les fruits des discussions. Je me répète, mais un coup d’Etat n’est en aucun cas justifiable. C’est un pas en arrière énorme par rapport à l’histoire de notre région. Depuis les années 80, nous avons tous travaillé durement pour pérenniser la paix dans cette partie du monde et y installer des démocraties. Avec de grandes imperfections, c’est vrai, mais des démocraties tout de même. Il existe des tribunaux électoraux qui sont là pour garantir ces démocraties.

Assister aujourd’hui à un coup d’Etat est donc non seulement inacceptable mais c’est un pas en arrière lamentable. C’est pourquoi il faut s’engager pleinement pour que Zelaya retrouve la place qui est la sienne. Cela doit aller vite également car le rôle qui est le mien aujourd’hui ne plait pas à tout le monde. Certains préféreraient que le Costa Rica en général, et moi en particulier, ne jouent aucun rôle dans le conflit en cours. Question de point de vue. Le fait que je ne fasse pas partie de l’Alba (l’Alternative bolivarienne pour les Amériques, qui regroupe neuf pays dont Cuba, la Bolivie, le Venezuela ou encore le Nicaragua et le Honduras) ne nous aide pas.

Qu'est-ce qui risque de se passer dans deux semaines ?

Le premier risque est qu’au-delà de ce délai, je ne vois pas Zelaya et Micheletti dialoguant. Je les vois appeler à l’insurrection; je les vois demander à leurs partisans de descendre dans la rue avec le danger que le sang y coule. Ce qui compliquerait tout. Et il n’est jamais acceptable que des innocents meurent. Il faut donc tout faire pour rétablir l’ordre constitutionnel, lequel passe par le retour de Zelaya comme Président et des élections en novembre. Ça demande du travail et de la patience car il est plus facile de faire la guerre que la paix. Et puis, il y a malheureusement des situations dans lesquelles la diplomatie est parfois insuffisante.

Ce qui est important à mes yeux, c’est que le monde entier sache que l’usage de la force doit être le dernier, l’ultime recours.

Dans quelques semaines, on pourrait donc envisager d'autres options au Honduras si les négociations n'aboutissent pas ?

Je crois que oui. Il est possible que le groupe de Rio (association visant une meilleure coopération entre les différents pays d’Amérique latine, NdlR) s’en mêle. On pourrait aussi se tourner vers l’OEA, l’Organisation des Etats américains. Il y a d’ailleurs beaucoup de gouvernements qui sentent qu’avec ma médiation, nous avons fait un pas dans cette direction. L’OEA est une institution qui devrait avoir un rôle plus prononcé. Si le temps passe, que ça n’avance pas, qu’il n’y a pas de succès en vue, un accord se fera certainement entre différents pays, groupes de pays ou organisations comme l’OEA qui diront alors : "Here I am".

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