Des vieux vélos transformés en oeuvres d'art !

C’est dans une arrière-maison bruxelloise que Bernard Prestat, “mais tout le monde l’appelle Berny” – alias Unik Bikes – a installé son atelier. Dans cet espace partagé avec onze autres artistes, le designer transforme des bécanes, tout juste bonnes à finir chez le ferrailleur, en objets d’art uniques et sur-mesure.

M.Le
Des vieux vélos transformés en oeuvres d'art !
©M.L

Formé en design automobile, Berny a décidé il y a quelques années de laisser tomber les moteurs pour les pédales.


Vous ne trouverez pas l’adresse de l’atelier sur le Web. Une volonté de garder l’endroit discret, un peu comme ces petites criques invisibles sur les cartes qui se font seulement connaître par le bouche-à-oreille. C’est dans une arrière-maison bruxelloise que Bernard Prestat, “mais tout le monde l’appelle Berny” – alias Unik Bikes – a installé son atelier. Dans cet espace partagé avec onze autres artistes, le designer transforme des bécanes, tout juste bonnes à finir chez le ferrailleur, en objets d’art uniques et sur-mesure. Formé en design automobile, Berny a décidé il y a quelques années de laisser tomber les moteurs pour les pédales. A l’industrie, il préfère aujourd’hui l’artisanat. Aux productions en série, les pièces uniques. Le vélo, il l’a dans la peau (au sens propre aussi, vu son tattoo en forme de pignon de vélo sur le coude). “Ça vient de l’enfance, j’ai toujours réparé des vélos… ,” explique-t-il. “Au départ, c’était pour les amis, puis les voisins… et puis pour tout le monde.” Son pote de la Kruz Company, qui customise des motos dans le même atelier, se souvient du vélo-barbecue conçu il y a quelques années par Berny.

Des vieux vélos transformés en oeuvres d'art !
©Unik Bikes


Vélo à la carte

Du vélo enfant au fixie, du singlespeed au vintage restauré, en passant par le vélo électrique, Unik Bikes réalise le vélo qu’on désire. Berny prend la peine de discuter avec le client. “C’est comme chez le tailleur. Je mesure la taille de la personne, j’essaye de voir l’usage qu’il fera du vélo, le style qu’il préfère.” Il n’a pas de catalogue à proprement parler mais une multitude de photos sur son ordinateur. “Mais souvent, les clients ont leur idée en tête…” S’il lui arrive de les orienter, sur des techniques ou des choix de couleurs, il n’impose jamais ses goûts et réalise (presque) tous leurs caprices. “Dernièrement, une jeune fille m’a demandé un vélo vert menthe mat avec tous les matériaux en blanc. Je l’ai prévenue que ça salissait, mais si elle en a envie…” , confie-t-il. Il retient aussi la demande originale d’une cliente qui désirait offrir un vélo à son père, personnalisé par une phrase qu’il appréciait. C’est Denis Meyers, le street-artiste typographe qu’on ne présente plus (et qui partage l’atelier de Berny), qui l’a réalisé.

“J’ai aussi des demandes à la con ”, ajoute Berny. Un mec récemment voulait que je peigne en orange un cadre Eddy Merckx bleu turquoise en parfait état. Parce que ça se vend mieux en orange… Ca, je ne pouvais pas accepter. Je lui ai proposé de trouver un vieux cadre que je n’aurai aucun scrupule à peindre.” Le restaurateur de vélos avoue aussi refuser les deux-roues produits après 1990 et certaines marques “cheap” vendues dans les grands magasins.

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©Unik Bikes


Travail d’orfèvre

Chaque pièce du vélo est démontée, réparée, polie, lustrée. “J’essaye de garder les pièces d’origine” , explique le designer désireux de recycler au maximum. Mais parfois, cela s’avère impossible. “C’est tout un challenge pour trouver des pièces pour les vélos d’époque !”

Parfois, il déniche ce qu’il lui faut au sous-sol de l’atelier : sorte de sépulture du vélo, pleine à craquer de jantes, de cadres et autres restes de bécanes. Il lui arrive aussi de devoir se procurer des pièces neuves.

Il trie tout son matériel dans des grandes boîtes, comme les couturiers. L’une d’elles contient, par exemple, tous les revêtements possibles pour le guidon, du chromé au bois en passant par du cuir. Pour traiter les surfaces et obtenir l’effet désiré, Berny utilise un tas de techniques, qui s’apparentent à de la magie pour les non-initiés. Récemment, il est ainsi parvenu à créer une teinte à l’aspect rouillé pour un vélo très ancien, afin de préserver la patine de l’objet.

Objet sentimental

“Certains de mes clients ne veulent pas que leur vélo soit fonctionnel mais qu’il devienne une œuvre d’art, un objet de collection” , observe Berny. Pour lui, chacun fait ce qu’il veut de son vélo, mais, même s’il finit accroché au mur du salon, Berny veillera toujours à allier “le fonctionnel et l’esthétique, comme ça, son propriétaire pourra rouler un jour avec s’il le désire…”

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©M.Le

L’artisan-artiste apprécie restaurer des vélos à valeur sentimentale. Il travaille en ce moment sur un cadre en apparence anodin, déposé sur la table. Il est flanqué d’un blason de l’armée belge. “Ce vélo appartenait à un officier. Il a fait les trajets Bruxelles-Congo des dizaines de fois à l’époque ,” explique Berny. “J’aime bien les vélos qui ont une histoire familiale, qui arrivent rouillés et ressortent tout beaux” , dit-il devant une petite reine de 1956 qui a retrouvé toute sa fougue sans perdre son charme d’antan.

Vélos haute couture

“Bike is the new black” , les créateurs de mode l’ont bien compris. Chanel, précurseur du vélo griffé, lance en 2008 un vélo ultra­chic avec les protections de la chaîne en cuir matelassé… Hermès s’est mis au vélo haute couture en 2013. Son nom : le Flâneur. Ce vélo de promenade possède la technologie d’un vélo de course et l’élégance de la marque. On soulignera notamment la beauté des gainages en cuir lisse de taurillon.

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©Unik Bikes


La marque Levi’s a fait appel à Unik Bikes pour réaliser un vélo (notre photo). Résultat de cette collab’ : un fixie de la couleur de la célèbre marque avec des détails qui rappellent le jean : des embouts de cintre avec un rivet Levi’s intégré, une guidoline en jean’s cousue main, une selle recouverte d’une poche arrière de jean’s et quelques surpiqûres au pochoir sur les haubans et la fourche… La grande classe.



Plus d’infos : https ://unikbikes.wordpress.com – page Facebook UNIK bikes. Il faut compter entre 400 et 500 € pour une remise en route et de menus ajustements; 1 500 € pour une restauration et personnalisation “classique”; et jusqu’à 2 500 à 3 000 € pour du haut de gamme.