Le triangle gourmand

On croyait le quartier latin définitivement perdu pour la gastronomie, ses adresses délectables périclitant les unes après les autres. Il faut dire que la cuisine asiatique standard servie dans des décors de cantine a pris un solide coup de vieux depuis l'avènement de la «fusion food» et des restos musées. La réhabilitation réussie de l'Orchidée Blanche l'an dernier laissait cependant entrevoir un espoir de renouveau.

L.R.

On croyait le quartier latin définitivement perdu pour la gastronomie, ses adresses délectables - à l'exception de l'indémodable Mirabelle - périclitant les unes après les autres. Il faut dire que la cuisine asiatique standard servie dans des décors de cantine, si elle a fait fureur à une époque, a pris un solide coup de vieux depuis l'avènement de la «fusion food» et des restos musées. La réhabilitation réussie de l'Orchidée Blanche l'an dernier laissait cependant entrevoir un espoir de renouveau. Mais il fallait une confirmation.

Avec Chao, on la tient. Une confirmation qui revêt un caractère d'autant plus symbolique que cet établissement a pris la place d'un des premiers Vietnamiens du quartier, Génération. Oanh Dinh, la nouvelle maîtresse des lieux, a choisi la sobriété pour habiller cette salle triangulaire. Mobilier noir laqué, murs bordeaux et rose pâle, le tout agrémenté de quelques éclats de lumière fluo disséminés dans des arbustes électriques.

L'ensemble est épuré et stylisé (jusqu'au logo qui s'inspire d'anciennes pièces de monnaie locales), mais un petit doute subsiste néanmoins sur le bon goût de cet assemblage décoratif. Vite dissipé quand les premiers mets atterrissent sur la table. On ne s'attardera pas ici sur la carte des vins, dont la taille est inversement proportionnelle à celle des plats, qui se déploie sur près de dix pages, explore tous les terrains culinaires (volailles, grillades, etc.) et se permet même une incursion en territoire thaïlandais.

Un festival de saveurs orchestré par l'associé de la patronne nous attend au bout des baguettes. D'autant plus étourdissant que, à côté des «classiques» comme la soupe Hanoi ou le canard laqué sauté au gingembre (n° 301), Chao propose de découvrir des produits plus rares, voire inconnus, sous nos latitudes. Comme ces langoustines frites au «com vert» (du riz écrasé dans des feuilles parfumées et incrusté sur les crustacés comme des morceaux de noix sur une glace). Ou ces cailles grillées au miel accompagnées de galettes de riz gluant (un mélange de féculent et de haricot compressé et passé à la friture). Copieux et savoureux en même temps. A des prix qui plus est très raisonnables: environ 7 € l'entrée et 12 le plat principal.

Un sans faute sur toute la ligne donc - quoique, sur la déco... mais soit -, y compris pour le personnel, dont les sourires semblent nous lancer des «chao» (bonjour en vietnamien) à chaque instant.

© La Libre Belgique 2005


328, chaussée de Boondael1050 BruxellesTél: 02/646.12.83.Ouvert midi et soir Notre avis : une cuisine vietnamienne savoureuse et authentique.