Le goût sans le risque

Le moment promet d'être pur délice et, d'une gorgée, il tourne au cauchemar: le vin est bouchonné. La fâcherie sera d'autant plus mauvais goût que la valeur de la bouteille est élevée... Ce scénario catastrophe, qui succède sans réelle logique à environ cinq pour cent des «chpop», pourrait bien être relégué à jamais aux oubliettes.

Vincent Braun
Le goût sans le risque
©sabate.com

Le moment promet d'être pur délice et, d'une gorgée, il tourne au cauchemar: le vin est bouchonné. La fâcherie sera d'autant plus mauvais goût que la valeur de la bouteille est élevée... Ce scénario catastrophe, qui succède sans réelle logique à environ cinq pour cent des «chpop», pourrait bien être relégué à jamais aux oubliettes. C'est en tout cas l'espoir que fait naître chez tous les amateurs de vin la commercialisation en France d'un nouveau type de bouchon de liège, qui avait obtenu il y a quelques mois le «Trophée d'or de l'innovation» au salon Vinitech de Bordeaux.

Car, l'adjectif bouchonné ne saurait mentir, le goût peu agréable d'un tel vin provient bien du bouchon et principalement des molécules de trichloroanisole (TCA) qu'il recèle. Mais, la chose est bien connue, ce n'est pas parce qu'un problème est identifié qu'il est aisé à résoudre.

MOLÉCULES INDÉSIRABLES

Preuve en est, il aura fallu sept années de recherches à OEno, une société française spécialisée (en partenariat avec le Commissariat à l'énergie atomique), pour parvenir à extraire les molécules indésirables. Et finalement aboutir au nouveau type de bouchon. Pour ce faire, elle a eu recours au CO 2

supercritique, une technique qui exploite les propriétés de solvant de ce gaz - à l'état naturel - et qui permettait à l'origine d'enrichir l'uranium destiné au fonctionnement des réacteurs nucléaires, avant d'être utilisée pour atténuer les principes amers du houblon dans la bière, pour «décaféiner» le café, ou encore pour l'extraction aromatique dans le domaine de la parfumerie.

Nommé Diam (en référence au procédé d'extraction «Diamant» qui lui donne corps), ce bouchon est réalisé à partir de farine de liège et de microsphères de synthèse.

VIS ET PLASTIQUE

Le tout en préservant les atouts essentiels du liège: sa reprise dimensionnelle (une fois enfoncé, le bouchon doit retrouver sa taille initiale pour éviter des fuites), son élasticité (qui va permettre l'échange gazeux et éviter que le goulot soit comprimé) et sa force d'extraction (qui va faciliter le débouchage). Une conformité d'apparence et d'état qui devrait contribuer à rassurer oenologues et autres puristes que les bouchons en plastique et autres capsules à visser ont jusqu'ici découragés.

En attendant leur verdict, le bouchon Diam a déjà été testé, de manière concluante, aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et en Australie, dans ce monde anglo-saxon où les conservatismes sont sans doute moins prononcés qu'en Europe continentale. L'enjeu économique est de taille: OEno vise à terme un tiers des 13 milliards de cols bouchés chaque année dans le monde.

© La Libre Belgique 2005