Un mistral gagnant

Ce pourrait être deux prénoms, associés à la scène comme à la ville. Marcel Pagnol serait passé par là et Jean de Florette rôderait dans les environs. Cela ne fait aucun doute: Leïla et son époux Laurent Grégoire rêvent de se réincarner, un jour ou l'autre, en figurines provençales. Sans y être encore parvenus, ces deux jeunes Namurois tiennent le bon bout avec «Piccoline et Romarin», qu'ils ont ouvert il y a tout juste deux ans à Gembloux.

C.Pt

Ce pourrait être deux prénoms, associés à la scène comme à la ville. Marcel Pagnol serait passé par là et Jean de Florette rôderait dans les environs. Cela ne fait aucun doute: Leïla et son époux Laurent Grégoire rêvent de se réincarner, un jour ou l'autre, en figurines provençales. Sans y être encore parvenus, ces deux jeunes Namurois tiennent le bon bout avec «Piccoline et Romarin», qu'ils ont ouvert il y a tout juste deux ans à Gembloux.

On aimerait dénicher cette enseigne au fond d'une impasse fleurie ou dans une fermette de la campagne namuroise; elle a pourtant choisi de défendre ses chances en plein coeur de la cité agronomique. A titre temporaire, si l'on en croit l'accueillante Leïla, et tant il est clair que chez ces deux amoureux du Sud («comme tout le monde en Belgique», concède-t-elle joliment), le cadre n'atteint jamais la cheville de la cuisine. Couleur brique, les murs ont beau faire rayonner un soleil méditerranéen, on ne se sent réellement transporté au pays des grillons qu'à l'arrivée des assiettes.

Alors, on laisse Gembloux au rayon des souvenirs, ce décor de brasserie qui peine à se faire oublier, et on plonge, les narines les premières, dans les senteurs appuyées et dépaysantes d'une tourelle de thon rouge en tartare, agrémentée comme aux plus beaux jours (pamplemousse, olives, coco, frisée), proposée dans le menu et dans la carte des entrées. Laquelle délecte aussi avec ses langoustines rôties aux algues bretonnes et sa tombée de salsifis à l'huile de basilic ou, également en menu, ses crevettes d'eau douce rôties au piment d'Espelette et leurs rouleaux de jambon Ganda.

Des saveurs, des saveurs, et encore des senteurs made in Provence avec, en plat, la brochette de noisette d'agneau grillée au romarin, subtilement relevée d'une sauce au basilic et, pour la beauté du geste, surmontée d'une tranche de bacon. Dans l'éventail des agréments, «Romarin» semble préférer le trop au trop peu... parfois jusqu'à l'excès.

A la poursuite d'une certaine idée de la gastronomie française, les deux compères jettent ainsi tous les oeufs dans le même panier, la carte des vins faisant aussi la part belle aux vignobles du Sud. Sans exclusive: on taille de jolies robes pourpres dans le bordelais, à l'instar de celle d'un Château Magnan la Gaffelière, aux arômes de fruits noirs et boisés.

Cinquante-deux euros pour le menu, vins compris, des assiettes entre 15 et 20 euros, l'addition reste mesurée pour un établissement de cette catégorie. Pas de quoi, en somme, faire déchanter une cigale...

© La Libre Belgique 2005