La poissonnerie L'Epuisette a revu son offre et ses horaires pour faire face à la crise : "On veut des prix justes"

Original : la jeune poissonnerie propose des poissons moins chers et ouvre un jour de plus.

E.W.
La poissonnerie L'Epuisette a revu son offre et ses horaires pour faire face à la crise : "On veut des prix justes"

Quand l’Épuisette a ouvert au milieu de la rue principale de La Hulpe en juin 2021, les deux associés, Renaud Hermal et Guillaume Vanhalle, n’ont pas dû attendre longtemps le chaland. La clientèle a été au rendez-vous tout de suite, après des mois de Covid, les métiers de bouche avaient la cote et une vraie poissonnerie-traiteur dans ce coin du Brabant wallon (dit "La Mazerine") était une très bonne nouvelle pour les consommateurs. A la barre, Renaud Hermal, ancien journaliste qui a changé du tout au tout en plein Covid pour réaliser enfin son rêve, passant de MSN à L'Epuisette. Quant à Guillaume Vanhalle, ce cuisinier qui a officié à La Villa Lorraine, il avait également envie d'ouvrir sa propre petite entreprise. Leur rencontre avait tout bon !

L'Épuisette, avec son offre de poisson de qualité, son service traiteur et restauration du midi cartonne. Les croquettes de crevettes "pourraient facilement remporter des concours", garantit le patron et les lobster rolls cet été ont fait carton plein, malgré un prix certain Les mois passent dans la confiance. Le duo d'associés est tellement sûr de la qualité de ses croquettes de crevettes qu'ils s'imaginent bien ouvrir un comptoir à Bruxelles... Enfin, ça c'était avant.

Car sont arrivés la guerre, la crise de l’énergie, la baisse du pouvoir d’achat des consommateurs, la hausse du prix des poissons, la chaîne du froid à respecter absolument, le coût du transport des marchandises depuis la France ou Zeebruges qui augmentent, la hausse de l’index des salaires des employés… Comme pour nombre d’indépendants et de petites sociétés, Renaud Hermal et Guillaume Vanhalle doivent repenser leur mode de fonctionnement.

Factures fois quatre

"Ce n'est pas parce que nous avons des clients fidèles qui sont encore à la recherche de la qualité que nous sommes préservés. Le pouvoir d'achat a baissé, c'est un fait. Or, les variations des prix du poisson sont dingues : les pêcheurs sortent moins de bateaux donc il y a moins de pêche. Les prix augmentent. Une hausse que l'on doit répercuter un peu sur nos prix. Déjà que les factures d'électricité ont fait fois quatre…" Une hausse énorme alors que leur fournisseur d'électricité a toujours garanti que l'énergie pour produire l'électricité provenait de la Meuse : "C'est quoi le rapport avec l'Ukraine ?"

Les solutions : se tourner vers du poisson d'élevage de qualité. "La différence est vraiment minime au niveau de la qualité et du goût mais les clients en redemandent. Un bar d'élevage affiche chez nous 29 €/kg alors que le bar de ligne est à près de 49 € pour le moment." Et là où certains dans l'horeca ont décidé d'ouvrir moins, l'Épuisette a fait le choix inverse : "On ouvre désormais le mardi, car la cuisine est de toute façon en activité."

Et l'Europe ?

Renaud Hermal aurait voulu manifester avec les autres devant le parlement à Namur cette semaine, mais le temps, c'est de l'argent, et "de toute façon, le gouvernement n'a pas son mot à dire. c'est l'Europe qui peut nous aider à continuer sur le long terme". Pour l'ex-journaliste sportif, "le diable se cache dans les détails" et il suit de près l'actualité. Et s'il assure le salaire de son employé, lui et son associé ne se payent presque plus. Ce qui n'est pas durable sur le long terme. "Mais attention, on ne se plaint pas. On reste confiants car la qualité paye et nous pouvons compter sur nos fournisseurs."