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Le scandale sur le cabillaud de Norvège congelé, dénoncé sur France 5, qui fait un détour par la Chine pour être gonflé en eau n'est le reflet que d'une réalité. Il existe une pêche qualitative et durable. On a remonté l'approvisionnement de Delhaize qui se targue de proposer du poisson blanc ultra-frais pêché à la ligne.


Le Belge aime le poisson et les fruits de mer. Il en consomme plus ou moins 26.5 kg par an. Ses chouchous ? Le cabillaud, à égalité avec le saumon. Et pourtant, le premier a pris un coup dans la nageoire, après un reportage de France 5 diffusé en janvier sur le circuit que certains cabillauds suivent : pêchés en Norvège ils partent vers… la Chine, sont injectés d’eau (pour en gonfler le poids) et de produits chimiques (E451, autorisé dans l’UE mais peu recommandé, et blanchisseurs) avant d’être renvoyés sur le marché français. Définitivement transformés, sans goût, flotteux. Un scandale qui avait vite envahi les réseaux sociaux d’images épouvantables de filets mous et gris et de messages alarmistes.

De quoi faire frémir plus d’un amateur de ce grand poisson blanc de la famille des gadidés, qui vit en eaux froides. Dans les rayons poissons frais des supermarchés belges, la marchandise a bien meilleure mine, mais d’où vient-elle ? D’abord, dites-vous bien qu’il est impossible qu’elle fasse un détour de 15 000 km par la Chine ! Ensuite, regardez les étiquettes : on trouve du cabillaud de Norvège pêché au filet pour Carrefour, une production d’Islande pour Colruyt mais principalement pêchée au filet. Chez Delhaize, le cabillaud, l’églefin et le loup de mer sont aussi islandais mais le cahier des charges est strict pour ces trois fournisseurs de cabillaud : le poisson doit être uniquement pêché à la ligne. Une façon de faire durable et pleine de bon sens.


“Les dos de cabillaud et les filets proviennent de poissons pêchés par de petits bateaux de 12 ou maximum 25 m. L’impact environnemental est bien moindre, le poisson est ultra-frais, sa chair est préservée car elle n’est pas comprimée dans les filets, ni infiltrée de sang car celui-ci est évacué à bord”, évoque Geoffroy de Hults, acheteur poissons pour Delhaize.


Une communauté de pêcheurs

Ce petit bateau ramène chaque jour des tonnes de poissons blancs pêchés à la palangre. © DR

1,2 million kg de cabillaud s’écoulent chaque année dans les magasins Delhaize de Belgique. Une belle quantité, dont on est allés voir la qualité, sur place.
Sur place, c’est notamment à Rif. Ce tout petit village entre mer et glacier dans le Sud-Ouest islandais, à trois heures de Reykjavik, abrite une communauté de 200 personnes dont la vie tourne autour de la mer et du poisson.
Là-bas, Alexander Kristinsson est à la tête d’une usine de filetage de poisson. Dont une bonne partie de la production de cabillaud part en Belgique. Sjávariðjan Rifi est une entreprise familiale : son frère s’occupe, lui, de la partie pêche. Ils ont deux bateaux, un petit de 12 m et un long-liner de 25 m avec lesquels ils pêchent uniquement à la palangre.

Chaque mois, on vient “toquer à la porte” de son usine pour la lui racheter, la faire grandir, la développer encore. Il dit non, toujours non. “Ce n’est pas ce que je veux. Je fais mon métier pour la qualité, le respect de mon environnement, de ce qu’ont construit mes ancêtres et en pensant aux générations d’après. Et j’aime être en accord avec moi-même. J’ai commencé avec dixbacs de poissons que je vendais à Axel chez Levenstond (fournisseur partenaire belge de Delhaize, Ndlr). Maintenant, j’en écoule 2 400 tonnes par an mais la qualité est toujours là”, résume Alexander. “ Tous mes clients veulent connaître ma relation avec le poisson… Sauf les Français. Eux, ce qui les intéresse, c’est le prix, toujours le prix : ils achètent les morceaux les moins chers. En Belgique, l’approche est différente, le respect de la pêche est présent.”

Le respect de la pêche c’est devenu l’ADN de l’Islande. En 2005, l’Institut scientifique de la mer et de l’eau a tiré la sonnette d’alarme, les quotas étaient trop importants, selon des conseils précis écoutés par les gouvernements : pêche au filet contrôlée, pêche à la ligne soutenue.
Désormais, la production globale représente plus ou moins 20 % des réserves et pourtant les quotas ont augmenté de 7 à 8 % cette année. De quoi voir des pêcheurs satisfaits, et des consommateurs aussi.