En 30 ans, le contenu de notre assiette a profondément changé. La raison ? Sans que le consommateur ne s’en rende compte, la délocalisation à outrance a pris nos assiettes en otage. Nos aliments parcourent aujourd’hui des milliers de kilomètres avant d’être consommés et les produits sont artificiellement déconnectés de leur saisonnalité. Être « locavore », c'est donc se demander ce que je peux faire dans ma cuisine pour bien me nourrir, mais aussi afin de limiter mon empreinte écologique. Comment dès lors prendre de nouvelles habitudes ?

Alléger le fardeau environnemental

Dans le cadre d’une récente enquête réalisée par le label Fairtrade Belgium (*), 60% des participants déclarent être désormais plus conscients du rôle des producteurs et des agriculteurs dans le système alimentaire et plus de la moitié (59%) estiment que, suite à la crise sanitaire du Covid-19, les supermarchés et distributeurs devraient mettre davantage l’accent sur les produits locaux (59%), équitables (40%) et biologiques (26%). Ce que nous mangeons est manifestement déséquilibré : nourriture transformée, excès de graisses, de sel, de sucres et autres produits ajoutés, les conséquences sont multiples pour la santé (obésité, maladies cardio-vasculaires, cancers, etc.), mais aussi pour l’environnement (l’empreinte écologique liée à l’alimentation est estimée à plus de 20 % de l’empreinte totale du belge).

(*) L’enquête a été menée auprès de 1.000 personnes par le bureau d’études Dynata (mai 2020)

Favoriser les circuits courts

Avant l’émergence des grandes surfaces à la fin des années 60, il était de coutume d’aller chercher ses produits directement à la ferme. L'agriculture périurbaine avait ainsi une fonction d'approvisionnement des villes. Cette façon d’acheter les aliments revient en force. On appelle cela les « circuits courts ». D’un point de vue social, favoriser la consommation de produits en circuit court locaux mène à une proximité relationnelle et authentique entre le producteur et le consommateur. D’un point de vue économique, ces circuits ont un grand potentiel car ils permettent la réalisation d’économies sur toute la chaîne de distribution et donc une augmentation des marges pour les agriculteurs-producteurs. Enfin, éviter les aliments produits au bout du monde permet de réduire les émissions de gaz à effet de serre, notamment liées aux transports. Les sociologues appellent ce phénomène global : la « résilience des territoires ».

Manger de la viande élevée en plein air

C’est un fait : une réduction de la consommation de viande bovine a une incidence positive sur la diminution des émissions de gaz à effet de serre. « Les ruminants ont toutefois toujours existé dans la nature. Consommer de la viande n’est donc pas un non-sens environnemental, à condition qu’elle provienne d’animaux élevés en plein air », nous explique Yves-Marie Desbruyeres, éleveur à Melles (Tournai) et membre du Collège des Producteurs. Ce mode d’élevage permet, en effet, de préserver les prairies et donc ainsi de séquestrer du carbone. « L’herber pousse par le mécanisme de la photosynthèse. Ce processus, grâce à l’énergie solaire, permet à la plante de capter de l’eau et du CO2 pour produire des sucres et de l’oxygène. Parmi ces sucres produits, on retrouve la cellulose. Seuls les petits et les grands ruminants, parce qu’ils sont polygastriques (digestion de la cellulose par les bactéries et protozoaires du rumen), peuvent digérer la cellulose de l’herbe et ainsi valoriser les herbages qui constituent nos paysages. Avec les bovins on peut donc transformer positivement cette cellulose en lait et en viande consommable par les humains (monogastriques) ».

Préserver nos prairies et leur biodiversité

Les pairies permettent également de préserver notre écosystème. « J’héberge chaque année sur mes terres des faucons crécerelle, des hirondelles, des colonies de petits moineaux et tout une petite faune », poursuit Yves-Marie Desbruyeres. « Si ces animaux sont là c’est parce qu’il y a des ruminants. Les ruminants attirent les mouches et les bousiers de par leurs déjections. ». Les bousiers sont des coléoptères coprophages, ce qui signifie qu’ils se nourrissent presque exclusivement d’excréments et de matières organiques. « Les bousiers sont ensuite mangés par les taupes, les mulots et d’autres petits rongeurs. Et ils sont eux-mêmes mangés, notamment, par les faucons », précise encore Yves-Marie Desbruyeres. La pyramide alimentaire des besoins est ainsi préservée.

Manger de la bonne viande

En 1990, nous avions en Belgique, 3.300.000 bovins. Il en reste aujourd’hui 2 .300.000, vaches laitières et viandeuses confondues. En 1970, nous mangions 33 kilos de viande de bœuf/an/habitant. En 2020, on est à 10 kilos/an/habitant, ce qui fait 208 gr/ semaine/habitant, alors que le seuil maximal recommandé est de 500gr/semaine. Selon Yves-Marie Desbruyeres, « si à une certaine époque, on a effectivement mangé trop de viande, on n’en mange plus assez. La viande comporte une vitamine essentielle : la vitamine B12. Et beaucoup de personnes en sont carencées. En outre, le consommateur fait un amalgame permanent entre la bonne viande et les charcuteries et autres produits transformés, remplis de sels et d’additifs ».

Une prise de conscience indispensable

« En sortie de guerre, nous manquions de tout. La politique agricole commune nous a donc invités à produire en suffisance pour nourrir le peuple, c’est ce qu’a fait la génération de mon papa. Mais on ne s’est pas occupé à suffisance de la commercialisation de nos produits. On a aussi oublié, avec le temps, que l’homme est omnivore. Les bovins sont nécessaires et vitaux. Ils ne sont pas, à eux seuls, la cause du réchauffement climatique. Il faut manger de tout et local. Il faut une prise de conscience des restaurateurs, des consommateurs, du monde politique, de toute la filière, pour sauver nos exploitations et maintenir l’écosystème pour les générations futures. Et le fait que le Parlement Européen n’a pas ratifié les Accords du Mercosur est un signal positif. Ma fille, qui vient de terminer des études en agronomie, aimerait reprendre l’exploitation familiale. J’aimerais lui laisser un avenir ».