Depuis 1972, seuls sept chefs belges ont décroché trois macarons au Michelin.

Désormais présent sur trois continents (Europe, Amérique du Nord et Asie), le guide Michelin recense 117 restaurants trois étoiles à travers le monde, de Singapour à Tokyo, de Chicago à Londres, en passant par Paris, Hambourg ou Oslo. Longtemps largement en tête du classement, la France (incluant Monaco) fait désormais jeu égal avec le Japon, avec un total de 26 tables triplement étoilées. Même si au compteur, Tokyo l’emporte sur Paris, à 13 contre 10…

Avec un maximum de trois restaurants en tête de la hiérarchie, la Belgique fait plutôt bonne figure. Elle a en tout cas le privilège - longtemps après la mise en place du système de notation étoilée en 1933 - d’avoir accueilli le premier trois étoiles hors de France. Et ce grâce au talent de Marcel Kreusch, qui conservera trois macarons à "La Villa Lorraine" de 1972 à 1984.

Mais c’est à Pierre Wynants que reviendra longtemps le titre de plus long règne au sommet en dehors de l’Hexagone où, record absolu, Monsieur Paul Bocuse conserve ses étoiles depuis 1965. Soit plus d’un demi-siècle ! Désormais dépassé par le "Waterside Inn" de Michel Rous en Angleterre (triplement étoilé depuis 1985), le "Comme chez soi" décrocha la timbale en 1979. Le restaurant de la place Rouppe, qui fête cette année son 90e anniversaire, repassera à deux étoiles en 2006, lors de la passation des fourneaux à Lionel Rigolet.

De Bruxelles à la Flandre

Durant ses 28 ans au sommet, Pierre Wynants sera rejoint par deux collègues bruxellois : Pierre Romeyer à la "Maison de bouche" de Hoeilaart (1983-1994) et Jean-Pierre Bruneau à Ganshoren (1988-2003). Tandis que le Brugeois Geert Van Hecke aura conservé ses trois macarons pendant 20 ans, de 1996 à aujourd’hui, avec la fermeture de son "Karmeliet".

Depuis la rétrogradation du "Comme chez soi", c’est d’ailleurs en Flandre que se concentrent les trois mac’s belges, au "Hof Van Cleve" de Peter Goossens à Kruishoutem (depuis 2005) et au "Hertog Jan" du jeune Gert De Mangeleer près de Bruges (depuis 2011).

Karen Torosyan, un chef dans les étoiles

Cela fait un an au moins qu’on lui promettait son premier macaron! C’est dire si, hier après-midi, il était heureux Karen Torosyan. Placé sous l’égide de David Martin, chef étoilé de "La Paix" à Anderlecht, sa "Bozar Brasserie" vient enfin de décrocher sa première étoile Michelin!

Deux semaines après son prix du meilleur artisan-cuisinier au Gault&Millau 2017, le jeune chef d’origine arménienne peut laisser exploser sa joie sous les flashes crépitants des photographes. Une vraie reconnaissance pour ce chef pas comme les autres.

Champion du monde en titre de pâté en croûte, pas mal classé non plus au championnat du monde du lièvre à la royale, Karen Torosyan est un amoureux de la grande cuisine française. Lui qui revisite avec un talent insolent le koulibiac au saumon d’Auguste Escoffier ou le pithiviers au foie gras.

Un chef très ému

Son rêve ? Pouvoir s’inscrire un jour au concours du MOF cuisinier. Trois lettres magiques : "meilleur ouvrier de France". Pour un petit drapeau tricolore à accrocher au col de sa veste de chef…

"En deux semaines, deux prix: le Gault&Millau et Michelin! Ça me donne de la motivation, de l’énergie", s’enthousiasmait hier Karen Torosyan, conforté dans le choix qu’il a fait, celui de la fidélité à la cuisine classique. "Je continue dans ma voie, un point c'est tout. Ce qui est important, ce n’est pas le point d'arrivée, c'est le chemin parcouru…", explique-t-il.

On sent en tout cas le jeune homme très ému par cette reconnaissance, qui rêvait depuis longtemps de cette étoile. A la manière d’un récipiendaire du César de la révélation masculine, Karen dédie "cette victoire à ma famille, à ma femme, mes filles, mes parents pour l’éducation qu’ils m’ont donnée". Ce sont eux en effet, émigrés arméniens à Bruxelles, qui lui ont apporté la confiance dont il avait besoin pour persévérer dans une voie totalement à contre-courant des modes de la cuisine actuelle. "Aujourd'hui, ça devenait important de comprendre que le chemin choisi était le bon. Si avec ces deux prix, ce n'est pas le cas, je n'ai rien compris…"