Nos confrères de Paris Match ont rencontré Gabrielle Coppée et Amélie Gersdorff à l'occasion de la sortie de leur premier livre, "A Table les Amours". Interview. 

Plusieurs livres de cuisine sortent en ce moment. En quoi celui-ci est-il différent ?

Gabrielle Coppée. Il est différent parce qu’il est aussi dédié à ceux n’ont pas l’habitude d’en acheter. Nous avions envie d’un livre qui parle à notre génération de pères et mères entre 40 et 50 ans qui jonglent avec le temps. Moi, j’adore la cuisine, mais pour la plupart des gens autour de moi, ce n’est pas le cas. Et pourtant, on peut faire des choses créatives, bonnes pour la santé, joyeuses et gourmandes sans être trop basique.

Un ouvrage réalisé à deux. Quel est l’apport de l’une et de l’autre ?

G.C. Ce livre combine tout ce que j’aime. Pour la première fois depuis onze ans, j’étais ma propre cliente. J’ai fabriqué toutes les recettes, écrit les textes et pris toutes les photos en étant très attentive à l’esthétique. Un vrai challenge ! Amélie a revisité l’ensemble du point de vue nutritionnel et nous avons travaillé en tandem pour proposer des plats aussi équilibrés que gourmands.
Amélie Gersdorff. Ce qui est bien dans cette aventure, c’est que nous sommes complémentaires. Mes formations en psychologie et nutrithérapie au Cerden à Bruxelles et à Paris avec Jean-Paul Curtay, comme celle en nutrition -intégrative aux Etats-Unis, m’ont permis de valider les recettes au niveau nutritionnel, mais aussi d’y apporter une -valeur émotionnelle.

Un mot sur la nutrition intégrative pour les nuls ?

A.G. Le principe de base est qu’on se nourrit de ce qu’on a dans notre assiette, mais également de tout ce qui gravite autour. L’alimentation est un pilier, mais inséparable des autres piliers, à savoir nos relations, notre travail, notre environnement social, notre créativité, notre spiritualité, etc. Donc, il vaut mieux manger une pizza en riant et en partageant un bon moment en famille que d’avaler en se forçant un grand bol de légumes vapeur. C’est dans cette perspective que le livre s’est voulu très vivant, très dynamique.

Quel en est le pitch ?

G.C. C’est un livre de cuisine et pas un livre de recettes ! Il combine des plats simples et faciles d’accès pour tous ceux qui n’ont pas un placard explosant sous les ingrédients et les épices, mais qui sortent quand même de l’ordinaire, et y allie en même temps tout ce qui permet de cuisiner de façon gourmande sans être un chef. L’idée est de faire les choses soi-même et de se débrouiller avec ce qu’on a.

Comment l’ouvrage est-il structuré ?

G.C. Je suis partie d’une question : qu’est-ce qu’on cherche ? Un plat végétarien ? Une cuisine express ? Avec les enfants ? Dans cette section, vous trouverez des plats puisés dans les « best of » de mes garçons et de leurs amis qui envahissent souvent ma cuisine, mais aussi des conseils pour cuisiner avec eux ou les encourager à manger plus de légumes. On s’est aussi focalisées sur ce qui intéressait les gens, comme par exemple les cinq céréales ou les herbes les plus utilisées, en expliquant comment s’en servir. Il n’y a pas d’ingrédients très chers ou qui requièrent une connaissance culinaire particulière, c’est accessible à tout niveau.

Vous parlez d’une « sonnette d’alarme écologique et sanitaire qui a bousculé les consciences » et vous a conduit à privilégier les légumes.

A.G. C’est vrai que, dans nos cuisines, ils servent plutôt d’accompagnement. Nous avions envie d’inverser cette tendance et de dire qu’aujourd’hui, les légumes ne sont plus là pour décorer. Si déjà on pouvait les remettre au centre de l’assiette, ce serait une merveilleuse avancée pour tout le monde, ne fut-ce que par rapport aux maladies de notre civilisation comme les diabètes, les cancers, les problèmes cardiovasculaires, etc. Notre rôle à nous a été d’en faire quelque chose de gourmand en mettant en avant les saisons et le côté local.

La question qui fâche : peut-on dès lors parler d’une cuisine de femmes ?

G.C. Justement, on a voulu sortir de là. Ce n’est pas un livre de salades vinaigrette. La gourmandise est vraiment présente et les légumes y prennent part de manière généreuse et croustillante. Parmi les personnes qui m’ont formée, il y a mon père et de nombreux collègues et restaurateurs masculins. Ce n’est donc pas une question d’hommes ou de femmes, mais de cuisine de goût.

Gabrielle Coppée et Amélie Gersdorff, les auteures de " A Table Les Amours" © DR
Bio… ou pas bio ? Pour reprendre le titre de l’un des chapitres.

A.G. On n’avait pas envie d’en faire une obligation parce que tout le monde ne peut pas en profiter. Les changements alimentaires prennent du temps et si on veut qu’ils perdurent, il faut que ce soit agréable et pratique. Nous sommes partis de la manière dont on mange aujourd’hui. Ce livre s’adresse aux gens qui sont pris dans la jungle du quotidien, mais se sentent concernés et ont l’ambition d’aller vers une alimentation plus idéale sans que ce soit trop compliqué.

La cuisine du monde est très présente. Une manière d’élargir le répertoire ?

G.C. Elle permet de sortir des recettes classiques et de proposer des choses plus créatives. Avec les enfants, nous sommes très curieux et gourmands. On fait le tour des marchés, on pose beaucoup de questions aux gens qu’on rencontre et on essaie des plats. Souvent, la cuisine du monde est difficile à réaliser une fois rentré chez soi et je me suis donc efforcée d’adapter les recettes à nos ingrédients de tous les jours. Si un Libanais goûte mes arayes, il risque d’être surpris par la libre interprétation !

Vous parlez aussi de cuisine actuelle. Qu’entendez-vous exactement par là ?

G.C. Elle est à la croisée des chemins entre la cuisine simplissime – viande, pommes de terre, légumes – et la cuisine de foodista. Il faut aussi arrêter de croire que parce qu’on se nourrit de brocolis et de jus de raisin, on va être en pleine forme. Le bon sens, c’est cuisiner ce qu’on aime et chercher à manger ce qui est le mieux pour soi.

Votre légume préféré ?

G.C. Le chou-fleur. Je l’aime cuit, rôti, cru et râpé parce que je le mélange, ni vu ni connu, à toutes les viandes hachées.
A.G. L’artichaut, parce que je le trouve rigolo, festif, amusant à manger. Je l’associe à l’arrivée des beaux jours et, sur le plan nutritionnel, il est très intéressant.

Votre plat préféré ?

G.C. Le butter chicken chou-fleur.
A.G. Celui que je fais le plus souvent, c’est le dahl de lentilles. C’est facile, délicieux, nutritivement très intéressant et on peut l’adapter au gré de ses envies en y ajoutant, par exemple, du poulet. C’est aussi le secret de ce livre : aucune recette n’est figée. N

Une réponse en deux secondes à toutes les questions

C’est un livre de cuisine d’aujourd’hui : simple, équilibrée, efficace et savoureuse. A base de légumes, mais pas que : il y a aussi de la viande, des frites et des sauces. Sans mots difficiles à comprendre et avec une multitude de conseils en mode zapping. Comment préparer une salade de kale ? Quelle cuisson choisir ? Comment gagner du temps en cuisine ? Ou, éternelle élucubration, comment établir un menu pour la semaine ? Et même, comment faire quand le frigo est vide ? Bref, une réponse en deux secondes à toutes les questions qu’on se pose couramment. Les enfants sont impliqués, avec des astuces pour leur faire manger des légumes ou les préparer. Drôle et facilement maniable, il intègre aussi des playlists à écouter en cuisinant, des ateliers et quelques films à visionner en famille. Un livre qui respire si bien le dynamisme et la convivialité qu’il devrait très vite faire de nombreux addicts.

A Table Les Amours (éd. Soliflor, 224 pages, 29 euros).
Disponible depuis le 25 novembre en librairie et sur Soliflor