On a testé pour vous: la nouvelle drague sur le Web

La Saint-Valentin aidant – nous recouvrant de ses boîtes en chocolat en forme de cœur et de ses formules package week-end à deux –, on s’est penché sur les endroits où tout avait possiblement commencé. Où rencontre-t-on sa moitié à notre époque ? Trois microcosmes, trois possibilités.

On a testé pour vous: la nouvelle drague sur le Web
©REPORTERS
Sophie Devillers et Aurore Vaucelle

Pour tomber amoureux, suffit-il de cliquer ? Il paraît que oui, si l’on en croit les affirmations des amis et collègues – “si, si je t’assure, ma meilleure amie vient de se caser et elle a rencontré son mari sur Internet” – et celles des sites de rencontres – “un couple sur quatre s’est rencontré sur ce site”, clame le plus fameux d’entre eux. Mais pour avoir une petite chance de trouver sa moitié dans cet apparent et virtuel royaume de l’amour, il faut d’abord passer par une introspection que Freud n’aurait sans doute pas dédaignée : orientation sexuelle, trait de caractère marquant, et l’inévitable question “mariage ou pas ?” et sa variante “enfant ou non ?”

Ensuite, place à son portrait-robot, et surtout à celui de l’hypothétique prince Charmant : petit ou grand, jeune ou vieux ? Plutôt chats ? Chiens ? Ou alors les deux ? Et quels revenus financiers ? Information, soit dit en passant, que les hommes uniquement doivent fournir. Car on le sait, seules les femmes sont vénales…

A la rencontre de notre jumeau

Quant au hasard et à la surprise, que la lecture de sans doute trop nombreux romans nous avait appris consubstantiels du grand amour, il faudra y renoncer. Ici, les Emma Bovary du XXIe siècle devront se plier à la règle des points communs : même si on s’échine à cocher la case “pas de préférence”, l’obstiné algorithme nous renverra vers notre jumeau, malgré les maigres infos fournies : même origine ethnique, même âge, même goûts pour les mêmes films…

Mais avant de faire la sélection, il faut d’abord pouvoir se vendre, façon entretien d’embauche et CV. Se décrire en 128 caractères – moins qu’un tweet ! – et évidemment poster une photo. Pour celles qui craindraient de faire tapisserie, elles peuvent s’inscrire en paix. Il ne faut pas trois minutes que les “flashs” ou les mails se succèdent. Pour celles qui auraient peur du phénomène inverse, il suffit de faire son choix, comme pour les chaussures. Mais sur photo. Le petit frère de Ronaldo, qui sirote son cocktail torse nu, sur fond de mer turquoise ? Peut-être pas. Le fan d’oiseaux, qui pose avec son perroquet ? Heu… Non. Alors l’austère à lunettes, avec qui parler astronomie ? Pourquoi pas, mais pas aujourd’hui. Va pour le sportif plutôt beau gosse (si l’on en croit la photo), qui habite en plus à côté.

Un sportif aussi apparemment parfaitement rodé à ce 110 mètres haies qu’est la drague sur Internet. Quelques phrases anodines sur les bienfaits de la course à pied et les beautés de la région, puis la proposition de discuter au téléphone. La voix est chaleureuse et courtoise. “La meilleure chose, c’est de pouvoir parler au téléphone, non ? Rapide ? Mais pourquoi attendre et continuer à chatter… Même si c’est l’occasion de regarder l’orthographe… Parce que sur Internet, il y a des cas…” Vraiment ? Pour une fois que ces années à étudier Le Bon Usage servent à quelque chose… “Cela te dirait d’aller prendre un verre cet après-midi ?” Aïe… Enfin, allons-y, puisqu’on est là pour ça.

Comme dans la vraie vie ?

Au cas où, et parce qu’on a à l’esprit de mauvais thrillers, on envoie quand même le pseudo du “flash” et l’adresse du café à un collègue. “Pas trop déçue de me voir en personne ?”, fanfaronne le type en costard qui débarque pile à l’heure fixée – mais pas aussi juvénile que sur la photo, tout de même. On s’abstient de lui répondre qu’on ne s’attendait en fait pas à grand-chose, mais l’heure passée devant un thé, à discuter de sports ou de voyages file somme toute assez rapidement. “Tu serais d’accord de me revoir ?” Heu, que dit-on dans ces cas-là  ? “Pourquoi pas ?” Ou, bien “non, je vais plutôt essayer le suivant…” Ou peut-être, finalement : “non, merci, je crois que je préfère la vraie vie…”

Il suffit de faire son choix, sur photo. Le petit frère de Ronaldo, qui sirote son cocktail torse nu ? Peut-être pas. Le fan d’oiseaux, qui pose avec son perroquet ? Heu…