Pourquoi les enfants lâchent-ils tant de gros mots ?

Qui n’a jamais lâché un gros mot ? Dans la bouche de nos enfants, ce vocabulaire « fleuri » nous énerve, nous choque. Il nous renvoie au jugement des autres par rapport à l’éducation que nous donnons à nos enfants. Allez, faisons le point vous verrez, ce n’est pas si grave !

Pourquoi les enfants lâchent-ils tant de gros mots ?
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Nathalie Vancrayenest

Qui n’a jamais lâché un gros mot ? Dans la bouche de nos enfants, ce vocabulaire « fleuri » nous énerve, nous choque. Il nous renvoie au jugement des autres par rapport à l’éducation que nous donnons à nos enfants. Allez, faisons le point vous verrez, ce n’est pas si grave ! La chronique de la coach scolaire et parental Nathalie Vancrayenest.


D’abord, distinguons : gros mots, injures, insultes

Les gros mots, souvent définis comme des mots vulgaires, incorrects et grossiers sont trop souvent et à tort associés à de l’impolitesse, à un manque d’éducation.

L’insulte et l’injure cherchent à blesser, à déstabiliser, à outrager une personne clairement identifiée à lui faire du mal ! Elles ne sont pas inoffensives, ce sont des violences verbales inacceptables, par conséquent la réaction doit être totalement différente : elle doit être vive et immédiate. "Je n'accepte pas que tu me dises des choses pareilles, ni à personne d’autre ». « Je ne veux plus t'entendre parler de cette façon, ni à moi, ni à quelqu'un d'autre."

Avec les enfants en âge scolaire et avec les adolescents, expliquez que le juron est offensant, c’est sa raison d’être. Donc, l’injure demande réparation par des excuses. Et puis ce ne sont pas les gens qui sont « c... » ce sont les comportements qui sont idiots, absurdes, imbéciles, stupides ……


Les gros mots ont de multiples fonctions selon l’âge de l’enfant

Les années « caca, boudin » et autres expressions scatologiques sont les expressions typiques des enfants en maternelle. Elles sont souvent assorties de fou-rire. Leur simple évocation déclenche l’hilarité. À cet âge, les enfants se délectent de leurs découvertes langagières.

Avec les gros mots, l’enfant tente de se rendre intéressant. Pas étonnant que les gros mots fassent leur apparition dans leur bouche lors de réunion de famille, alors que les adultes discutent entre eux et que personne ne les remarque.

Avant 6 ans, il teste la réaction de l’entourage, il n’y a pas de volonté réelle d’être insultant. D'ailleurs, lorsque l’adulte réagit à un mot, l’enfant le répète pour vérifier le pouvoir de celui-ci.

Après 8 ans, les enfants imitent les copains, ils s’identifient au groupe par le vocabulaire. Les gros mots font office de signe de reconnaissance, d’appartenance, ainsi l’insulte devient une marque de complicité et une forme de rébellion.

Parce qu’ils ne savent pas exprimer autrement leur colère et leur insatisfaction, les gros mots les aident à se libérer d’un sentiment de frustration, de rage ou de choc, lorsque celui-ci est trop violent pour être contenu. Gilles Guilleron, professeur agrégé de lettres à l'université de Lorient, considère « les noms d'oiseaux comme des trésors de la langue française pleins de qualités : ils désinhibent, soulagent, font du bien ».

L’équipe du Dr Richard Stevens de l’université de Keele en Grande-Bretagne ne dit pas autrement dans son étude mettant en évidence l’efficacité des gros mots dans la gestion de la douleur physique. Attention! Pour que cela fonctionne, le gros mot doit rester l’exception dans votre vocabulaire. Essayez la prochaine fois que vous vous cognerez le petit orteil !


De votre réaction dépend la suite !

Pourquoi les enfants lâchent-ils tant de gros mots ?
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L’interdit focalise l’attention de l’enfant sur l’utilisation du "gros mot". Au plus le parent s’énerve et intervient, au plus l’habitude perdure. Une réaction vive ne peut que renforcer et intensifier le comportement de l’enfant. En effet, l’enfant se délecte du côté provocant du gros mot et tous les prétextes sont alors bons pour le prononcer et contourner l’interdit en disant par exemple : "Tu as entendu, maman ? Papa, il a dit « M… » !” Ce n'est pas bien de dire « M… », hein ?”

L’enfant dit des gros mots lorsqu’il rencontre des difficultés, lorsqu’il est en colère, frustré… il s’agit de gros mots « émotionnels ». Il est alors important de l’aider à reformuler son vécu pour qu’il puisse exprimer ses émotions plus adéquatement et qu’il soit entendu. Car les gros mots peuvent faire peur aux adultes qui n’entendent alors pas ce que l’enfant tente de leur dire.


Voici plusieurs façons d’agir qui ont fait leurs preuves

Laisser dire, jouer l’indifférence, ne pas prêter attention, cela passera. Cette technique fonctionne bien lorsque les gros mots sont proférés alors que l’enfant joue seul avec ses jeux, ces gros mots sont des défouloirs, ils lui permettent de se libérer des tensions accumulées.

Autoriser des espaces où les gros mots sont permis, lorsque l’enfant est seul ou avec l’adulte qui les autorise : les toilettes, la salle de bain, la chambre, la voiture…. À vous de décider des lieux et conditions.

Caroline Messinger, propose aux parents de confisquer les gros mots qui sortent de sa bouche, en faisant semblant de les attraper d'un geste de la main. “Et hop, je te les confisque, tu n'as plus le droit de t'en servir !”

J’ai personnellement pris le parti de l’humour dans la phase « caca, boudin » en surajoutant du vocabulaire dans le registre de mes enfants, en jouant aux suites de mots. Nous le faisions dans ma voiture sur le chemin entre l’école et la maison. Un temps dédié et un espace confiné, « ma voiture », une vraie soupape de décompression. Les « cacas, boudins » ne sont jamais sortis dans d’autres contextes. La permission focalise l’enfant sur le comportement souhaité.

Proposez des alternatives, savez-vous combien de mots désignent des excréments en français ? Recherchez avec eux l’étymologie des mots, les gros mots célèbres, répertoriez les gros mots du Capitaine Haddock et de la littérature en générale …. La langue française est truculente et riche, un vrai plaisir ! Enrichissez, le vocabulaire de vos enfants, plus ils auront de vocabulaire moins ils emploieront les jurons. Et puis dans la bouche d’un enfant de 6 ans "Maman, j’ai glissé sur un étron", c’est beaucoup plus joli que "J’ai marché dans une "m…" ".


Il est illusoire de penser que nous pouvons éradiquer les « noms d’oiseaux » dans le vocabulaire de nos enfants. De plus, selon Gilles Guilleron : les gros mots sont la preuve de notre humanité, ils sont présents, dans toutes les classes sociales dans toutes les civilisations. Souvenez-vous, depuis Victor Hugo, le mot « M… » est écrit dans les Misérables, chef d’œuvre de la littérature française.

Alors, déculpabilisons... sans laxisme !


Les évènements de la rentrée de Nathalie Vancraeynest

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