Comment Hillary Clinton peut surmonter sa défaite: la réponse d'un pionnier dans l’accompagnement des personnes en choc de vie

Robert Clermont est un psychologue et psychothérapeute québécois. Reconnu internationalement, il est un pionnier dans l’accompagnement des personnes en choc de vie. Il nous explique comment, selon lui, Hillary Clinton peut surmonter cette défaite et la fin d'un idéal.

E.W.

Il avoue qu'en descendant de l'avion à Bruxelles ce matin, lui aussi a eu un choc lorsqu'il a appris la victoire de Donald Trump sur Hillary Clinton. Un choc partagé internationalement... Une victoire qui lui fait dire qu'une certaine idée de la «société vient de mourir».

Robert Clermont est un psychologue et psychothérapeute québécois. Reconnu internationalement, il est un pionnier dans l’accompagnement des personnes en choc de vie. Un choc de vie, c'est exactement ce que vit en ce moment Hillary Clinton qui voit son rêve d'être (la première femme) Président des Etats-Unis, anéanti. Et le sens de sa vie, qu'elle a placé dans la politique, est nettement ébranlé après ce marathon qui s'est soldé par un échec.

Nous avons cueilli le psychologue à son arrivée en Belgique pour un cycle de conférences afin de voir avec lui comment Hillary Clinton peut surmonter cette défaite et la fin d'un idéal. Comment peut-on refaire surface quand notre base s'effondre ?

Depuis plus d'un an et demi, Hillary Clinton sillonne les Etats-Unis avec l'idée bien ancrée qu'elle va devenir le 45e président US et la Première femme présidente du pays. Et soudain, elle perd. Comment peut-elle se remettre de cela?

Madame Clinton vit ce que j'appelle un choc de vie : c'est la mort d'une partie de soi. Ici, elle vit un revers politique énorme qui va cacher son choc personnel. Elle a construit sa vie sur ce rêve : devenir présidente des Etats-Unis.

Dans un premier temps, comme toute personne en état de choc, elle ne va rien sentir : le choc premier est tellement fort qu'il y a réponse physiologique pour permettre au cerveau et au corps de se reprendre. Après cette sorte d'anesthésie générale pour bloquer le senti qui est ingérable, arrive l'onde de choc et l'on prend progressivement conscience de ce qui nous arrive. Par exemple, Hillary Clinton n'a pas pris la parole cette nuit pour reconnaître sa défaite...

Comment cela se manifeste-t-il ?

Cela dépend des personnes, certaines passent dans l'émotionnel et la manifestation extérieure de leur souffrance. D'autres la renferment à l'intérieur pour tenter de l'annihiler. Ce qui est important pour l'entourage proche, c'est de permettre à la personne d'exprimer ce qu'elle vit, ce qu'elle ressent.

Hillary Clinton n'est pas qu'un être humain blessé cependant, elle est la candidate démocrate qui a perdu, elle est un animal politique à terre...

Effectivement, cette défaite concerne des millions de personnes, c'est la défaite d'un camp contre un autre. Dans ce cas précis, la parole ne va pas permettre d'exprimer la souffrance « humaine » : l'entourage et même Madame Clinton vont parler analytiquement et rationnellement de ce qu'il s'est passé. On va analyser ce « désastre » pour le clan démocrate, de la responsabilité même de la candidate Clinton... Et c'est dangereux pour elle : c'est l'animal politique qui va s'expliquer, parler, gérer l'après... Sans laisser la place à l'être humain de se confronter à la douleur, à affronter sa perte de sens.

Elle va également se sentir seule après cette agitation intense depuis le lancement de sa campagne en juin 2015 !

J'espère vraiment que son entourage proche lui permettra d'être elle-même dans l'intimité. Et qu'Hillary Clinton réussira aussi à lâcher prise. Lorsqu'une personne est sous le choc de l'impact, l'entourage n'a pas besoin de dire grand-chose, il faut une présence pleine de compassion, prête à écouter, 10, 20 100 fois la même chose. Hillary Clinton va inévitablement rencontrer une grosse souffrance si elle ne se laisse pas aider, si elle ne se laisse pas aller, si elle ne reconnaît pas la part d'elle-même qui a tout perdu. Je dis toujours : ce qui ne s'exprime pas, s'imprime.

Elle a cependant connu beaucoup de revers personnels et politiques dans sa vie...

Bien sûr. Je ne la connais pas personnellement mais de ce que j'ai pu voir et lire, elle est une « battante extraordinaire », une battante qui n'a jamais rien lâché. Mais là, elle était à quelques centimètres de ce qu'elle considérait comme l'apogée de sa carrière et de sa vie. Elle ne peut rebondir que si elle se laisse aller à la rencontre de la douleur que provoque l'échec. Il y a un vrai gros travail en profondeur à faire...

Les anti-dépresseurs sont nécessaires dans ces cas-là ?

Chaque cas est individuel en cas de très grand choc. Les médicaments bien dosés, bien supportés vont permettre à moyen terme d'aller à la rencontre de la douleur mais en aucun cas ils ne doivent être prescrits pour l'anéantir, l'oublier. La thérapie de la claque dans le dos en disant, allez c'est fini, tout ira mieux plus tard, je n'y crois pas du tout !

Le meilleur conseil à donner quand on a perdu le sens c'est de ne pas aller trop vite, de ne pas chercher à tout comprendre. On ne peut nier la réalité, on doit s'en persuader. C'est ce qui permet de reprendre pied peu à peu dans une « autre » réalité. Et ce qui pourrait lui permettre de continuer la politique.