Au fond, c’est quoi le bonheur ?

Entretien Laurence Dardenne
A Woman With Her Arms Raised In The Air At Hurricane Hotel Beach Along Costa De La Luz; Tarifa, Cadiz, Andalusia, Spain Reporters / Design Pix
A Woman With Her Arms Raised In The Air At Hurricane Hotel Beach Along Costa De La Luz; Tarifa, Cadiz, Andalusia, Spain Reporters / Design Pix ©Reporters / Design Pics

On sait que nous sommes, pour la plupart et plus ou moins en permanence, à la recherche du bonheur. Mais saviez-vous que le bonheur est accessible, en étant simplement présent à la vie, aux petits plaisirs du quotidien ?

On le cherche, on en rêve, on se l’imagine, on s’en fait des idées, on en parle, ...le bonheur est central dans nos vies. Mais sait-on seulement ce qu’il signifie et comment y accéder ? Quelle différence y a-t-il entre le bonheur, les plaisirs, la joie ? Ce sont quelques-uns des angles sous lesquels Frédéric Lenoir, philosophe, sociologue et écrivain français, abordera le thème du bonheur, lors de la prochaine croisière de la Libre Zen qui embarquera pour la Scandinavie, ce mercredi, avec l’agence de voyage Waouw Travel. Petit avant-goût, sans trop dévoiler le sujet, avec le conférencier, Frédéric Lenoir.

Le bonheur est-il une notion universelle ou finalement très individuelle ?

Les deux à la fois. Parce que, aimer la vie, c’est très universel. Sur tous les continents, on peut rencontrer des gens qui aiment la vie de manière inconditionnelle. Et pas seulement quand tout va bien. En même temps, c’est aussi une notion individuelle puisque la satisfaction de l’existence passe par des sensibilités différentes. Quelqu’un qui a une sensibilité artistique sera heureux parce qu’il peut exercer son art. Il faut évidemment aussi avoir une vie qui corresponde à notre nature, notre sensibilité, notre tempérament. Il y a donc à la fois un caractère universel, dans la mesure où le bonheur suppose de vivre conformément à sa nature et pouvoir se satisfaire de l’existence en fonction de qui l’on est, et en même temps, un caractère individuel, puisque cela prendra des visages différents en fonction de la sensibilité et de la nature de chacun.

Peut-on dire que tout individu est en permanence à la recherche du bonheur ? Ou pas forcément?

Pas forcément. Il existe des gens qui, pour des raisons un peu névrotiques, se sabordent. On dit parfois qu’ils n’ont pas le goût du bonheur. Ils s’empêchent d’être heureux et dès qu’ils commencent à l’être, ils se l’interdisent pour des raisons souvent inconscientes, généralement psychologiques ou religieuses. Il y a aussi des gens qui ne recherchent pas nécessairement la satisfaction, mais plutôt le devoir ou la passion, et qui vont par exemple se sacrifier pour une cause. La morale ou la recherche de la justice peuvent aussi faire renoncer à un certain bonheur. A l’inverse, il y a des gens qui vont tout le temps vivre des passions très extrêmes, qui peuvent leur amener du malheur, de l’insatisfaction. On ne recherche donc pas toujours nécessairement le bonheur car, dans le bonheur, il y a toujours une certaine idée d’équilibre, d’harmonie, de lâcher prise, d’acceptation. Car en effet, le bonheur, c’est aimer la vie telle qu’elle est. Cela dit, globalement, je pense que la plupart des individus recherche le bonheur. Je pense donc que cela reste une quête très universelle, même s’il ne faut pas en faire quelque chose de systématique.

Les petits bonheurs simples de la vie quotidienne ne sont-ils finalement pas plus importants que ce grand bonheur absolu auquel on semble aspirer ?

Je pense que les deux vont de paire. Le grand bonheur est un état global et durable de satisfaction qui fait qu’il y a une sorte d’acceptation de la vie comme elle est. Cela passe aussi par la capacité de pouvoir profiter de tous les petits plaisirs du quotidien. La capacité de conscientiser, d’être présent à tous ces menus plaisirs de tous les jours crée aussi un bonheur durable. Puisque l’on sait que le bien-être, la satisfaction vient beaucoup de la qualité de présence que l’on a au monde, à soi-même, aux autres. Etre présent à tous ces petits plaisirs quotidiens, que ce soit regarder un beau paysage, écouter un morceau de musique que l’on aime, parler avec un ami …., tout cela fait que l’on aime sa vie.

Le bonheur peut-il s’apprendre ?

Oui, on peut déjà apprendre à être attentif, présent, ce qui fera que l’on sera capable de conscientiser ces moments heureux et du coup d’être globalement heureux. On peut apprendre à lâcher prise, à dire oui à la vie, à être dans un consentement et pas en permanence dans une attitude de revendication par rapport à la vie. C’est un état d’esprit d’accueil de la vie que l’on peut cultiver.

Quelles sont les idées fausses que l’on a tendance à se faire du bonheur ?

Une des idées fausses est de mettre le bonheur uniquement dans des choses matérielles. C’est un peu l’idéologie matérialiste de la seconde moitié du XXe siècle, qui nous a trop focalisés sur l’avoir, le "toujours plus". Certaines personnes se disent : je serai heureux quand j’aurai une plus grosse voiture, quand je gagnerai plus d’argent… Mais ils ont beau avoir toujours plus, ils ne sont jamais satisfaits. Parce que l’on s’aperçoit que le bonheur n’est pas tant dans l’avoir que dans l’être. C’est-à-dire dans une capacité à aimer la vie, à l’apprécier, à être présent aux petits plaisirs… Il vaut donc mieux travailler sur soi pour être heureux qu’être uniquement préoccupé à vouloir augmenter son confort matériel. Je pense qu’aujourd’hui, c’est la plus grande confusion que nous faisons. On met trop le bonheur dans le matériel même si cela compte. Mais il ne faut pas que cela devienne une quête infinie.

Ne sommes-nous pas parfois trop exigeants ?

Il ne faut pas qu’il y ait d’injonction au bonheur. Cela ne sert à rien de se dire : je dois être parfaitement heureux tout le temps, car dans ce cas, on risque de n’être jamais heureux. Il ne faut pas se mettre la pression. Avoir une attente trop forte du bonheur peut empêcher le bonheur.

Le bonheur est un sujet très à la mode depuis quelques années, voire galvaudé. N’en fait-on pas un peu trop ? Cela correspond-il à notre époque ?

Le bonheur est revenu en force avec l’effondrement des religions. A présent, on ne recherche plus le salut éternel, à être heureux dans l’au-delà, on cherche à être heureux ici et maintenant. C’est pour cela qu’à partir du XXe siècle, la quête du bonheur s’est développée très fortement.