L’impact sur la santé des changements climatiques

Canicules, inondations, épidémies, le réchauffement climatique n’est plus une menace lointaine.

L’impact sur la santé des changements climatiques
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Ana Boyrie

L’une des premières conséquences est l’augmentation des températures, selon Aurore Aubail, biologiste et coordinatrice de l’association Air Climat. Autrement dit, les épisodes de canicule. “Depuis 70 ans, une quarantaine de vagues de chaleur ont été enregistrées. Et 30 d’entre elles ont été observées sur les 30 dernières années. On voit donc une nette augmentation. “

Des effets multiples et grandissants 

Si les gens ont tous en mémoire la canicule de 2003, le changement climatique s’observe également par l’augmentation d’événements météorologiques extrêmes, telles les tempêtes de vents violents ou les inondations. Ces dernières frappent un peu plus chaque année certaines régions (notamment le Var, en France, qui a déploré sept victimes en décembre 2019). Face à cette nature violente, la peur des habitants ne cesse de croître. “Au point que les médecins ont constaté une augmentation de la consommation d’anxiolytiques, précise Aurore Aubail. Au-delà de l’événement, les dégâts matériaux peuvent provoquer des post-traumas.” À chaque saison, son lot de conséquences ? Il semblerait que oui. En avril, le réchauffement poursuit ses dérèglements, en amplifiant cette fois les allergies respiratoires. Désormais, la saison printanière est redoutée par de nombreuses personnes. “On observe que 25 % des enfants sont touchés par des allergies au pollen, contre 20 % des adultes. Un chiffre qui a doublé ces vingt dernières années.” Si l’on ajoute les pics de pollution à l’ozone ­ – menaçant la santé respiratoire et augmentant le risque de cancer de la peau – ainsi que l’arrivée du moustique-tigre dans nos contrées, les experts sont formels : un climat plus chaud ne présage rien de bon.

Vivre en ville, la double peine 

Selon le ministère de la Transition écologique et solidaire français, tout le monde est à risque face aux vagues de chaleur. Mais les personnes âgées et les enfants sont plus vulnérables. La raison ? Les personnes âgées produisent moins de sueur, ce qui peut occasionner des hyperthermies. À l’inverse, les enfants ayant une transpiration excessive, ils ont besoin d’être régulièrement réhydratés. “Toutes les personnes souffrant d’insuffisance rénale, de problèmes cardiaques ou atteintes de troubles mentaux ou comportementaux sont également plus à risque”, déclare Marie Carrega, adjointe au secrétaire général de l’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (Onerc). Sujet aux épisodes caniculaires, l’été (français) est aussi la saison des touristes. “Certains viennent de pays non exposés à de fortes chaleurs. Ils peuvent facilement être impactés. Mais je pense surtout aux personnes travaillant à l’extérieur, comme les agriculteurs.” Tous s’accordent à dire que tout individu vivant en milieu urbain est vulnérable. Outre la qualité de l’air qui ne cesse de s’aggraver, les villes sont les premières proies de la canicule.”La chaleur se stocke en journée et est relâchée durant la nuit. Pour les citadins, c’est la double peine, car la nuit leur corps ne récupère pas. “

Une adaptation difficile à prévoir

 Relève-t-on malgré tout des effets positifs ? La plupart des intervenants ne peuvent s’empêcher de sourire. “À ma connaissance, le changement climatique n’a pas vraiment d’effets positifs sur la santé”, déclare Marie Carrega. L’observatoire parle très nettement d’aggravation. Et si certaines espèces ou certains types d’agriculture peuvent désormais se développer dans de nouvelles régions du monde – on élève du bétail dans le sud du Groenland –, d’autres sont brûlés par la sécheresse. Mais alors, faut-il attendre que notre corps s’adapte biologiquement à ces nouveaux climats ? Si, pour l’instant, aucune étude n’a traité le sujet, la réponse est la même pour tous : ce n’est pas demain la veille. “Ce que l’on sait aujourd’hui, c’est que l’on est sur une trajectoire de 4 à 5 °C au niveau mondial d’ici à la fin du siècle”, affirme Marie Carrega. Si cela peut paraître peu, il faut avoir en tête que ces 5 °C nous séparent de la dernière ère glaciaire. “En 150 ans à peine, nous sommes donc en train de faire un saut qui s’étale habituellement sur 20 000 ans. Dans quelle mesure notre corps sera-t-il capable de s’adapter à des étés à 45, 50, voire 55 °C ?” Bonne question.