Prioriser la santé et le plaisir sexuel féminins

Une marque consacrée au plaisir veut mettre l’accent sur la santé féminine en créant un Fonds pour la recherche.

Prioriser la santé et le plaisir sexuel féminins
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E.W.

Le phénomène est souvent défini en anglais et cela joue certainement sur le fait que cette notion ne jouisse pas d’une très grande notoriété dans le grand public : le Gender Health Gap, c’est le fossé entre les sexes en matière de santé. C’est un fait, démontré par des recherches : les femmes ont été historiquement négligées dans les secteurs de la médecine et de la recherche, car ceux-ci étaient quasi exclusivement masculins avant les 50 dernières années. Pendant longtemps d’ailleurs, les études cliniques ont été menées essentiellement sur des corps masculins car le corps féminin était considéré comme trop complexe pour la recherche clinique en raison de sa production hormonale accrue…

Les symptômes féminins sont toujours moins mis en lumière, d’abord parce qu’ils sont moins exprimés par les femmes (comme les douleurs des règles considérées comme “normales”), aussi parce qu’on les associe vite à des somatisations psychologiques notamment. Les conséquences : “des erreurs de diagnostic, des prescriptions de médicaments inadaptés et des approches thérapeutiques inexplorées”, explique Johanna Rief, Responsable de l’autonomisation sexuelle chez Womanizer.

Un exemple pratique : “La dysfonction érectile, qui touche 19 % des hommes, a été étudiée cinq fois plus que le syndrome prémenstruel (SPM), qui touche 90 % des femmes”, remarque-t-elle “et à ce jour, les études portant sur la santé féminine ou reproductive sont sous-financées, car ce sont généralement les hommes qui décident des projets à mener.”

La marque de sextoys qui a conquis le marché avec ses stimulateurs clitoridiens “Pleasure Air” à aspiration avait déjà soutenu cette année une étude pour déterminer dans quelle mesure la masturbation pouvait soulager les douleurs menstruelles. Les résultats positifs entendaient détabouiser cette pratique pour les femmes.

Womanizer vient de lancer le Pleasure Fund qui va investir 250 000 € en 5 ans dans les domaines de la santé, du bien-être et du plaisir sexuels des femmes. La première étude sera menée en collaboration avec Charité, un hôpital universitaire spécialisé dans la sexologie et la médecine sexuelle, à Berlin. Elle abordera les effets des dysfonctionnements sexuels pour les personnes ayant été atteintes du cancer du sein. Après un cancer du sein, le manque d’estime de soi est très fréquent. De même, la maladie s’accompagne de modifications du flux sanguin vaginal et d’une baisse de la libido. Le Dr Laura Hatzler étudiera “si, et dans quelle mesure, la masturbation peut aider à réapprendre l’excitation sexuelle, améliorer le flux sanguin et contribuer à une image positive de son corps”.