Contre les contraintes, pour l’authenticité. Aujourd’hui, certains couples s’engagent sans se marier. Témoignage.

Pas de robe blanche. Non, surtout pas. “J’ai opté pour du court et de la couleur… quelque chose de joyeux et d’élégant“, confie Sophie*. En mai prochain, elle et son compagnon, Rémy* se diront oui. “Oui à la vie“, “Oui l’un à l’autre“, “Oui devant leurs amis et leurs familles“. Les institutions traditionnelles par contre, que ce soit l’Etat ou l’Église n’auront pas leur place dans leur cérémonie.

D’ailleurs, comment appeler ce rendez-vous qui va s’étaler sur tout un week-end ? “Nous avons finalement décidé de l’appeler notre ‘grande fête’“, explique Rémy. Certains ont préféré nommer ce rituel d’un genre nouveau, “amouriage”, soit la contraction d’amour et de mariage. “Il ne s’agit pas d’une démarche entreprise contre le mariage. Ce n’est pas non plus un non-mariage, c’est une manière de marquer le coup après cinq années de relation, de s’engager quant à la durabilité de notre couple, d’exprimer notre envie de fonder une famille ensemble“, explique Rémy pour qui cet engagement en fête et en paroles est avant tout un acte d’amour. “Je ne l’aurais pas fait naturellement mais j’ai senti que c’était essentiel pour Sophie, pour notre couple“, poursuit-il.

Ensemble, ils sont partis d’une feuille blanche pour dessiner leur projet d’union, d’avenir. “Personnellement, j’ai dû démanteler l’institution du mariage pour m’interroger sur son sens, sur ce qui a du sens“, exprime Sophie. “Cette démarche peut être éprouvante psychiquement car il faut tout inventer, tout rediscuter. Le couple travaille alors davantage selon un principe d’essai/erreur“, souligne Patrick De Neuter, professeur émérite de psychologie de la famille, du couple et de la sexualité à l’UCL. Dans ce processus, Sophie et Rémy ont d’ailleurs décidé d’associer intensément leurs familles et leurs amis proches. “Nous co-créons réellement cet événement“, précise le couple. Une tendance que remarque la sociologue Laura Merla, directrice adjointe du centre interdisciplinaire de recherche sur les familles et les sexualités à l’UCL. “Aujourd’hui, on ne fonctionne plus de manière traditionnelle. Les amis peuvent être considérés comme de la quasi-famille. On se crée un cercle de relations choisies. Lors d’un amouriage, on sort du côté pesant du mariage en éliminant les invitations imposées“.

Et l’idée séduit… Les jeunes couples sont de plus en plus nombreux à abandonner la signature pour laisser la voie entièrement libre à la parole. “Notre démarche interpelle certains de nos amis qui transposeraient bien l’idée. Nous ne cherchons pas l’originalité, nous voulons simplement d’un événement qui nous ressemble“, raconte Sophie.

Une cérémonie individualisée… que l’on raccrocherait bien à l’individualisme sociétal ambiant ? “C’est plus complexe. En effet, la société nous pousse à être nous-mêmes, authentiques, à nous démarquer. Mais dans le cas de l’amouriage, la démarche donne une existence sociale au couple, une légitimité. Elle l’inscrit dans le groupe“, reconnaît Laura Merla. Pour Patrick De Neuter, le besoin de parole répond aussi à des peurs profondes. “Il existe dans chaque couple la crainte de la rupture, de l’abandon. Dans le cas de l’amouriage, les paroles peuvent être des actes qui ont des effets“.

Mais si la séparation intervient… l’appel à l’amouriage n’implique évidemment aucun droit. “C’est prendre des risques. Le mariage civil constitue évidemment une protection pour le plus faible membre du couple, que ce soit économiquement ou psychiquement, ainsi que pour les enfants. Mais certains couples inventent d’autres moyens pour palier à cette absence de droits. Ensemble, ils créent leur propre contrat d’union, se protégeant l’un l’autre“, ajoute Patrick De Neuter. Dans le cas de Sophie et de Rémy, la question juridique est postposée. “Nous avons décidé de ne pas mélanger notre grande fête avec ces questions plus pratiques“, souligne Sophie. Et le statut de cohabitants légaux ? “Nous y penserons certainement si nous avons des enfants“, conclut Rémy.


* Prénoms d’emprunt