Bien-être C’est une question qui est systématiquement posée en conférence et en atelier. Lorsque l’un(e) de nos proches vit de la violence physique, psychologique, émotionnelle, sexuelle, financière et que nous ne reconnaissons plus la personne qu’il/elle était, nous avons à cœur de l’aider. Mais comment ? La chronique de Julie Arcoulin.


Parfois, maladroitement, nous essayons de lui ouvrir les yeux mais nous ne faisons que se heurter à ses résistances. Cette semaine, je vous donne quelques pistes pour savoir comment lui apporter un soutien et une aide active.


La prise de conscience

C’est le premier résultat à déclencher. Tant que la victime n’est pas consciente que quelque chose ne va pas, elle ne pourra pas décider de se sortir de cette situation. Il ne sert à rien d’entrer en confrontation avec la personne que vous voulez aider. Lui mettre sous le nez des articles sur les manipulateurs ne servira à rien tant que le champ de la conscience résiste.

Pour parvenir à éveiller la conscience petit à petit, il vaut mieux poser des questions. Voici quelques exemples :

  • « Que me dirais-tu si je vivais les scènes que tu m’expliques ? »

  • « Est-ce ce genre de relation que tu as envie de vivre ? »

  • « De quoi as-tu besoin ? »

  • « Que dirais-tu à ta meilleure amie si elle vivait la même chose ? »

Ce ne sont là que quelques exemples, mais ils ont le mérite de ramener à des choses essentielles : les besoins de la victime (elle en est forcément déconnectée), l’effet miroir qui permet de se dissocier de ce que vit la victime en le projetant sur quelqu’un qu’elle aime, en la ramenant à ce qu’elle a envie de vivre comme relation. Dans un premier temps, les réponses importent peu. Ce qui est important c’est de planter les graines qui fleuriront tôt ou tard.

Ce qui est essentiel, c’est de maintenir tant que possible le lien affectif et d’éveiller l’esprit critique en posant des questions neutres qui n’induisent et n’attendant aucune réponse particulière.


Plusieurs étapes

En effet, il y a plusieurs étapes pour aider quelqu’un qui est victime d’emprise. La prise de conscience est la première et la plus importante. Mais cela ne veut pas dire que c’est gagné.

Sortir d’une relation d’emprise est complexe et demande beaucoup d’énergie. Ce dont manquent cruellement les victimes, justement. Les personnes qui tombent dans des relations d’emprise ont très souvent le profil du sauveur. C’est-à-dire qu’ils auront à cœur de sauver l’autre de ses démons et donc auront du mal à « l’abandonner ». Très souvent, la victime ne veut pas y croire, elle ne veut pas admettre que les personnes toxiques et malsaines existent et ne changeront pas.

Une fois la prise de conscience acquise, le rôle de l’entourage est d’être soutenant et normatif. Le doute va régulièrement assaillir la prise de conscience. Il est alors important de rappeler les faits et de ramener cette personne à la réalité au travers de ceux-ci.

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Il est essentiel de savoir que le manipulateur, pour éviter de sombrer dans la folie, va projeter cette dernière sur sa victime. Il va donc tout faire pour la rendre folle ou pour lui faire croire qu’elle l’est. Dans ces moments-là, les faits et le rôle de l’entourage sont très importants : « Non tu n’es pas folle/fou. Souviens-toi de ce fait-là, de ce moment-là,… ».

Entre la prise de conscience et le moment où la décision de partir s’impose, il peut se passer encore beaucoup de temps. Votre soutien sera alors primordial.

Une fois que la décision de rompre (quelle que soit la relation) est prise, c’est un autre processus qui s’amorce. Chaque cas est différent, ce qui rend la proposition de solutions un peu complexe. Mais le plus généralement, les victimes ont besoin d’énergie pour tenir sur la longueur. Elles ont besoin d’être rassurées, de savoir qu’elles ne sont ni seules, ni folles (encore). Plus vous pourrez les aider à agir, à résister, plus elles seront portées par votre énergie.

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Après tout cela, viendra le temps de la reconstruction. Se faire aider par un(e) professionnel(le), bien informé sur le sujet, est souvent très salvateur. Il est important de comprendre, dans le cas des relations autres que les relations parents-enfants, pourquoi la victime a attiré ce type de relations. De cette façon, elle ne reproduira pas le schéma duquel elle est familière.

Important également de reconstruire ce qui a été détruit : estime de soi, respect de soi, écoute de ses besoins, reconnexion à ses valeurs fondamentales, confiance en soi et en les autres, retrouver ses goûts personnels et ses envies,… Dans ces moments-là, il est important que l’entourage soit présent également pour rappeler aux victimes à quel point la vie vaut la peine d’être vécue. Peu importe la couleur du ciel, l’épaisseur des nuages ou les litres de pluie, derrière tout cela, le soleil brille toujours.


Les mots à éviter

Il y a quelques mots et phrases à éviter si vous voulez aider quelqu’un qui est sous emprise.

La règle c’est d’éviter les grands mots ! En tout cas, tant que vous ne sentez pas que la personne est prête à les entendre. Arriver à coup de « manipulateur », « emprise », « pervers narcissique » n’est pas une bonne idée. En revanche, vous pouvez dénoncer la violence en mettant des mots dessus quand il est possible de relater des faits. D’autant plus si vous y assistez.

>> Lire aussi : "Nous sommes tous un peu manipulateurs" : la phrase qui minimise la vraie manipulation toxique

Le maître-mot si vous avez un(e) proche sous emprise, c’est patience. Aussi, il est important de vous préserver et de ne pas vous essouffler en vous jetant corps et âme dans le sauvetage de la personne que vous aimez…


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