L'auteure Hélène Gérin publie un ouvrage pour mieux accompagner les parents, les proches et le personnel médical après la perte d’un bébé.


Il n’y a plus rien. Le coeur ne bat plus”. Ces paroles ont été prononcées par un échographe à un futur papa et une future maman. Eux pensaient que leur bébé était toujours là. Le futur papa a confié cette formule brutale à Hélène Gérin, l’auteur de l'ouvrage Dans ces moments-là. Le livre aborde un sujet tabou, le deuil périnatal. Selon l’OMS, il désigne la perte d’un enfant survenue après 22 semaines de grossesse et les sept premiers jours de vie. Face à une telle situation, difficile de trouver les mots et sa place. Comment peuvent réagir les parents, la famille, les proches ? Dans ces moments-là livre des pistes de réflexion.

Chaque deuil est unique

Hélène Gérin, qui a vécu en Belgique pendant plusieurs années, s’est lancée dans ce projet quand elle était accompagnatrice à la naissance et kiné. Durant cette période, elle rencontre des parents ayant perdu un enfant. “J’ai été impressionnée par leur souffrance à cause du manque de communication avec les proches”. La mort est un sujet peu abordé dans les sociétés occidentales. “Elle met mal à l’aise. On la met de côté. Elle peut réactiver des souvenirs douloureux”.

L’auteure s’est entretenue avec une quarantaine de familles, des proches et des professionnels du deuil périnatal. Comme le rappelle Hélène Gérin, chaque deuil est unique. Les parents ne réagissent pas de la même manière. Les proches doivent alors s’aligner sur les envies et les choix des parents. L’écoute est l’une des étapes importantes dans le deuil périnatal. Mais souvent, les parents endeuillés ne vont pas vers les autres. “Si vous leur dîtes ‘je suis là si tu as besoin’, les parents ne rappelleront pas forcément. C’est aux proches, aux amis de proposer leur écoute. Même si les parents disent non, une proposition a tout de même été lancée”. Hélène Gérin se souvient des mots d’un père de famille, “il m’a dit, je n’ai plus l’énergie d’initier des choses, mais j’en ai lorsqu’on m’invite”.

La couverture du livre, Dans ces moments-là.
La couverture du livre, Dans ces moments-là. © D.R.

Durant cette phase d’écoute, la famille et les amis peuvent poser des questions sur l’enfant disparu telles que “quel était son sexe ?”, “aviez-vous un prénom ?”. Mais attention à ne pas tomber dans le jugement, les conseils ou la minimisation. “Des formules telles que ‘cela fait six mois, vous devez tourner passer à autre chose’ ou ‘maintenant, profitez” sont à éviter”. 

Les silences sont aussi les bienvenus pendant l’échange, ils racontent eux aussi une histoire. Les autres enfants du couple doivent eux aussi être mis au courant de la situation. “Il est important de nommer le décès. Le mieux est d’en parler le plus tôt possible avec des mots courts, simples et clairs. Evitez de dire ‘il est parti’, cela évoque la possibilité que le bébé peut revenir”.

Dans ces moments-là s’adresse aussi au personnel médical qui peut également se retrouver perdu face au deuil périnatal. “Comme pour la famille et les proches, il faut de la délicatesse, du tact, ne pas être anxiogènes avec les parents. Certains médecins sont craintifs. Ils n’osent pas franchir la porte de la chambre des parents endeuillés. Heureusement, des hôpitaux proposent à leur personnel de se former face à ce genre de situation. Pour expliquer, mais surtout prendre le temps avec les parents. Car un deuil peut prendre des semaines, des mois ou des années”.