La naissance d’un enfant est le plus souvent vécu comme un événement heureux pour les adultes, en est–il de même pour les enfants ? La chronique de la coach parentale Nathalie Vancrayenest.



Ambivalence des émotions

« Louis est heureux de vous annoncer la naissance de sa petite sœur » affirme le faire-part de naissance, mais cet aîné est-il vraiment heureux de cet événement ? Il semble que les émotions lors d’une naissance soient plus ambivalentes chez l’enfant que chez les adultes.

L’aîné doit faire le deuil de sa position d’enfant dernier-né, d’enfant unique. L’arrivée de ce nourrisson bouleverse ses repères et sa place dans la famille. L’enfant ressent tout à la fois de la joie, de la colère, de l’inquiétude, de la trahison, de la jalousie et même un sentiment d’abandon, et cela quel que soit son âge.

L’absence de sa mère, son écartement, le fait qu’il dorme chez ses grands-parents ou chez des amis durant le séjour à la maternité peuvent l’inquiéter. La colère de vous voir moins disponible, de vous entendre lui dire : « Pas maintenant, je suis occupé avec le bébé ».

Ce nouveau-né qui ne sait « rien faire que pleurer et crier » peut aussi être décevant, surtout si vous lui avez vanté le frère ou la sœur comme compagnon de jeu. Ce bébé qui accapare vos bras toute la journée, et que vous choyez est parfois vécu comme un intrus dangereux qui pourrait le priver de votre amour et c’est la peur qui s’installe chez le premier-né.

Désormais, il doit partager sa maison, le temps qui lui était consacré, ses parents, mais aussi parfois sa chambre. Ce qui ne manquera pas de faire naître quelques jalousies et rivalités.

Toutes ces émotions sont légitimes. Pour les surmonter votre enfant a besoin que vous l’accompagniez, sans le juger, dans la compréhension de ce qu’il vit et dans l’acceptation du nouveau-né. Ces sentiments le pousseront à s’affirmer et à prendre sa place.

Un bébé c’est une décision d’adulte, laissez donc du temps à l’aîné pour s’habituer au nouveau venu ! Et laissez à l’amour fraternel le temps de s’installer.


La régression est utile

© Reporters

La régression est une étape normale entre deux statuts, celui d’enfant unique et celui d’aîné. C’est un appel aux parents qui permet à l’enfant de vérifier « le lien d’attachement ». Si vous répondez à ses demandes de réassurance, l’enfant reprendra le chemin de l’autonomie en consolidant sa confiance.

A ce stade, il est persuadé que vous préférez les bébés, puisque vous passez beaucoup de temps à vous en occuper, alors il adopte des comportements de bébé pour vous plaire, pour reprendre la place, qu’il croie avoir perdue.

En fonction de son âge, Il transgresse les règles, fait plus de « bêtises », demande un biberon, la tétine, reprend son pouce, demande à être pris dans les bras, se montre plus câlin, plus collant, et si la propreté était acquise, quelques accidents nocturnes et même diurnes sont possibles.

Patience, il faudra de 3 à 6 mois pour que chacun trouve sa place dans la famille !


Famille recomposée

Dans les familles recomposées, au tumulte des émotions, vient se surajouter, la fin des illusions plus ou moins conscientes que les parents pourraient reprendre une vie commune.

La garde alternée compliquera l’adaptation au nouveau venu, car votre aîné peut avoir le sentiment de n’être « nulle part chez lui ». Il se sent menacé dans sa sécurité intérieure et son identité. Souvent, il éprouvera de la jalousie par rapport à ce bébé, qui lui, n’est pas obligé de partager son temps entre ses deux parents. Cette situation engendre régulièrement de l’agressivité. Agressivité qui peut s’exprimer vis-à-vis des adultes et aussi du nourrisson.

Dans ce cas, il vous faudra ménager des moments de transition lorsque l’enfant revient chez vous. Evitez le partage de chambre avec le « nouveau-né », un territoire à soi c’est indispensable pour se construire et se sentir accepté. De plus, le rythme du bébé n’est pas celui de votre aîné, celui-ci a encore besoin de ses 10 à 11 heures de sommeil.


Que faire pour accompagner votre enfant ?


Avant la naissance

Racontez-lui sa naissance, montrez-lui des photos de lui bébé, cela le rassurera sur sa place dans la famille.

Profitez de l’histoire du soir, pour lire un album en rapport avec l’arrivée d’un bébé dans une famille.

Expliquez-lui que durant quelques jours, il ira chez ses grands-parents quand maman sera à la maternité.


Après la naissance

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Evitez les comparatifs « grand » « petit », utilisez les prénoms, ils font partie de l’identité de l’enfant et le rendent unique.

Valorisez les comportements autonomes qu’il a acquis : manger proprement à table avec papa et maman, mettre son manteau seul, se brosser les dents….

Ne le grondez pas lorsqu’il « joue à être un bébé », mais soulignez que vous savez que c’est un jeu « Tu veux jouer à être un bébé, je te donne un biberon »

Prenez du temps avec lui et pour lui, ne le renvoyez pas systématiquement parce que « vous devez vous occuper du bébé ».

Aidez-le à exprimer ses sentiments, ses émotions, faites-lui comprendre qu’il n’est pas obligé d’être content de l’arrivée du bébé, ni de l’aimer mais qu’il n’a pas le droit de lui faire mal.

Voyez avec lui les avantages et les inconvénients de sa position d’aîné et de l’arrivée du bébé.

N’exigez pas de lui, qu’il montre l’exemple, qu’il soit grand, qu’il fasse tous les efforts.

Ne laissez pas le nouveau-né seul avec son aîné, c’est beaucoup de responsabilités et il pourrait lui faire mal sans s’en rendre compte.


Le cadeau !

Pour favoriser l’acceptation du puîné, certaines familles proposent que le bébé apporte un cadeau à son aîné. Personnellement, je ne suis pas favorable à cette pratique, car, elle masque les émotions et modifie le vécu de l’enfant. Les émotions font grandir à condition d’être vécues et surmontées.

De plus, je n’aime pas « les petits arrangements avec la réalité » *, dans les rapports aux enfants. A-t-on déjà vu un nourrisson naître un cadeau à la main ?

« L’amour d’un papa et d’une maman ne se partage pas, il s’agrandit ! » Parole de pédiatre.


*ça c’est pour une autre chronique !


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