Bien-être Pourquoi punissons-nous nos enfants ? La réponse contient de nombreux paramètres. Je vous propose d’en mettre quelques-uns à jour sans prétendre à l’exhaustivité. La première chronique de l'année de Nathalie Vancrayenest, coach scolaire et parentale.



Nous aimons nos enfants et adolescents et nous tenons à leur transmettre certaines valeurs, un sens moral, le sens des responsabilités… et donc nous sanctionnons pour qu’ils retiennent la leçon et améliorent leurs comportements. En punissant, nous nous sentons rassurés par rapport aux regards des autres. Nous ne faisons pas partie des parents laxistes, démissionnaires qui laissent leurs enfants tout faire.

Et puis la répression est dans l’air du temps, combien de fois n’entendons-nous pas « une bonne gifle, et tout rentrerait dans l’ordre », « Quand j’étais jeune, cela ne se passait pas comme ça, nous obéissions »… Notre société a tendance à penser répression avant éducation. Ajouter à cela l’emprise du modèle familial que nous n’avons pas remis en question et qui s’exprime sous des formes banales « j’ai pris des claques, j’ai été au coin, mes parents m’ont privé de dessert, …. et pourtant, je n’en suis pas mort ». Celles-ci justifient la violence éducative ordinaire.

Ces punitions nous laissent souvent un arrière-goût de comportement insatisfaisant, inapproprié. Parfois même nous nous sentons coupables !

Et c’est normal, la société dans laquelle nous vivons n’est plus la même que celle de nos parents et grands-parents. Nos enfants ont de moins en moins de références de soumission à une autorité : la mère à celle du père, le père à celle de son patron. Et personnellement, je pense que c’est très bien comme ça !

La culpabilité, l’insatisfaction que nous ressentons sont les signes du hiatus entre nos valeurs liées à l’égalité, au bien-être et un modèle éducatif basé sur l’autorité.


Avez-vous déjà regardé la punition à hauteur d'enfant ?

Vous souvenez-vous avoir été puni ? Qu’avez-vous ressenti ? Vous souvenez-vous de la raison de ces punitions ?

Généralement, nous châtions pour que nos enfants apprennent de leurs erreurs et cette intention positive (1) est louable. Mais la punition remplit-elle l’objectif que nous lui fixons ? Pas si sûr !

Une compilation d’étude (2) réalisée en 2013, sur les éducations sévères et punitives, démontre que celles-ci n’atteignent pas les effets escomptés d’apprentissage. La punition aurait tendance à rendre les enfants et les adolescents insensibles, durs, à réduire leur empathie, à augmenter leurs conduites antisociales. Fréquemment, des enfants nourrissent des rancœurs importantes sans prendre la mesure de leurs actes. C’est notamment le cas lorsqu’une école sanctionne un harceleur. Elle doit rester attentive à l’effet rebond provoqué par la rancœur.

L’enfant puni fomente souvent un esprit de revanche et alimente ainsi, une longue série de comportements inappropriés de représailles. La peur de la punition le pousse à la prudence pour ne pas subir l’humiliation.

Pour les adolescents et même pour les plus jeunes, la punition est un chemin tout tracé vers la rébellion.

La rancœur, l’envie de revanche, le retrait et la rébellion érodent l’estime de soi. Fragilisée, elle ne permet pas de faire face et d’admettre ses responsabilités et lorsque nous ne sommes pas responsables, nous n’apprenons pas !

Maintenant, l’éducation bienveillante ce n’est pas tout permettre à nos enfants et adolescents. Nous manquerions notre objectif de les éduquer pour qu’ils deviennent des adultes autonomes et responsables.


D’autres solutions existent !

Les solutions proposées par les modèles d’éducation bienveillante (3) demandent aux parents un investissement personnel. Leurs actions et réactions ne visent pas l’immédiat comme la punition, mais bien le long terme.

Les bases d’une éducation bienveillante tiennent dans le fait de rendre les règles explicites et d’en expliquer le sens et les comportements attendus. Explications, ne veut pas dire justification sans fin ! Trop d’enfants ne savent pas ce que leurs parents, leurs enseignants attendent d’eux et quelles peuvent être les conséquences de leurs transgressions !

Par leurs comportements les enfants nous renseignent sur la satisfaction de leurs besoins : avoir de l’attention par exemple, sur leurs compétences qu'ils ne maîtrisent pas encore tout à fait : l’enfant qui se sert un verre d’eau et renverse. L’apprentissage génère des frustrations, à nous adultes, de comprendre l'intention positive de leurs comportements.

En contenant nos comportements, nous enseignons à nos enfants et adolescents par l’exemple. L’erreur est source d’apprentissage pour eux. Lorsqu’ils sont impliqués dans les solutions, non seulement, ils restaurent leur estime personnelle et en explorant les conséquences de leurs actes, ils trouvent des solutions pour réparer et avoir les conduites appropriées.

L’éducation bienveillante demande quelques réaménagements dans notre pensée, de la réflexion sur les valeurs que nous souhaitons transmettre et assurément si nous désirons faire de nos enfants des adultes autonomes, responsables et bien dans leur peau, nous opterons pour ce style d’éducation .

Et si en cette année 2019, nous abandonnions l’adage "Qui aime bien, châtie bien" pour "Qui aime bien, éduque avec bienveillance !"


Grandir en confiance ce sont des conférences, des ateliers et des consultations individuelles pour des parents et des enfants bien dans leurs baskets et leur tête !

> Pour aller plus loin :

Petit Cahier d’exercices de communication non violente avec les enfants, Dr Anne van Stappen & Catherine Blondiau, Jouvence, 2017

Mon petit cahier d’éducation positive, Christine Klein, Solar, 2018

Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent, Adele Faber et Elaine Mazlish, Phare, 2012

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(1) La notion d’intention positive signifie que tous nos comportements mêmes les plus inappropriés ont une fonction positive. Trouver la fonction positive nous permet de substituer le comportement inapproprié par un comportement en accord avec l’objectif que l’on souhaite, la satisfaction du besoin.

(2) P. 20 Heureux d’apprendre à l’école, comment les neurosciences affectives et sociales peuvent changer l’éducation, Dr Catherine Gueguen, Robert Laffont

(3) Adele Faber et Elaine Mazlish, Isabelle Filioza, Béatrice Sabaté, Jane Nelsen, Alfred Adler, Rudolf Dreikurs, communication non violente…