Bien-être De la Seconde Guerre mondiale à nos jours, nous avons radicalement changé de société. La modernité a imposé des règles du jeu fondées surle droit de la personne à inventer sa propre vie.
Ainsi, le mariage est devenu une affaire personnelle et non plus celle de la famille ou de la communauté.

Après un temps de révolte contre l'institution, la cérémonie du mariage est aujourd'hui rêvée de plus en plus fort par le couple et son organisation ne cesse de monter en puissance.

Réussir son mariage est devenu un défi. Dans « Mariage », un livre nourri de vécu et de témoignages, une cinquantaine de couples livrent souvenirs, émotions, et temps forts du Jour J.

A vous lire on a l’impression que le mariage prend une ampleur de plus en plus grande…
Jean-Claude Kaufmann : Il peut même prendre des proportions gigantesques, dans le choix du jour du mariage, l’organisation de la cérémonie, qui va demander un temps fou. Cette montée en puissance du mariage s’explique par la fait qu’il est devenu le marqueur symbolique de l’engagement.
Souvent, on commence par vivre à deux, sans se préoccuper de sanctionner cette vie commune par un mariage. On vit dans le présent, on attend la suite, et la suite arrive : on s’aperçoit que le couple s’est installé. À un moment, le
rapport au temps va changer : on va se tourner vers l’avenir et vers un projet de famille, construit autour de l’idée d’enfants – même s’ils sont parfois déjà là. Et on décide de se marier pour le proclamer, dire à tout le monde, y compris à soi-même, qu’on a changé, qu’on veut s’engager pour la vie. Et là aussi, l’idée de durer est très importante.

Vous avez écrit un livre dialogue intitulé « Oser le couple ». Vivre à deux, c’est la vraie « aventure » de la vie ?
J-C.K. : Le titre est un peu provocateur, car la majorité aujourd’hui «ose» le couple. On a voulu néanmoins pointer du doigt la difficulté qu’on a à s’engager. Le rêve d’amour, le désir de famille restent très forts, mais l’engagement conjugal suscite encore pas mal d’hésitations. On a peur de faire le mauvais choix, peur de se perdre.

Le couple se construit sur la différence, dites-vous aussi à plusieurs reprises.
J.-C. K. : Ce rêve de rester soi se relie au rêve de rencontrer quelqu’un qui soit un peu son double.
C’est certes plus facile de se comprendre, quand on partage les mêmes goûts. Mais il ne faut pas que cela aille trop loin, car un couple fonctionne sur la complémentarité. Et même si l’autre habite la même ville, a les mêmes idées,
les mêmes convictions religieuses, il est toujours un peu différent.

Les revendications d’égalité homme-femme ne vont-elles pas à l’encontre de ce besoin de différence, de complémentarité?
J.-C. K. : L’un des attraits du couple, c’est de former une équipe où chacun va avoir ses compétences dans un domaine qu’il va prendre en charge. Mais ce système de rôles contrastés ravive le poids historique des différences
hommes-femmes – traditionnellement la femme ayant plus de compétences dans le domaine ménager. Il faut donc trouver un juste équilibre, où chacun se sent à l’aise dans ce qu’il fait, tout en évitant une dérive trop forte vers les rôles
anciens.