Souvent les personnes malvoyantes font tout pour éviter de parler de leur déficience visuelle, même professionnellement. Une façon de se montrer "comme les autres". 

Et beaucoup ont peu confiance en elles. La Ligue Braille met tout en oeuvre gratuitement pour les aider à s'épanouir au boulot comme dans la vie. La preuve avec Melika et Sara, stagiaires en bureautique.

Melika, 52 ans qui fait pourtant toute gamine, prend part aux formations qualifiantes de la Ligue Braille depuis presque un an. Elle attend de pied ferme son stage de 150h en février prochain. Cette Namuroise au sourire communicatif a été formatrice en alphabétisation auparavant. Dans des associations à qui elle n’avait jamais parlé de ses difficultés visuelles. « Je n’avais pas envie que l’on mette les erreurs sur le dos de la malvoyante » Elle l’avoue volontiers, elle vivait dans le déni et cachait depuis toute petite sa particularité… Mais aussi dans la peur d’être démasquée mais aussi de marcher dans la rue, « à partir de 16h l’hiver, je n’osais plus sortir quand il commençait à faire sombre »

Avec la ligue Braille antenne namuroise, elle a pu apprendre « et très vite en plus ! » à sortir, guidée par GoogleMaps dans son oreillette avec l’aide d’une accompagnatrice. Qui a aussi aidé le compagnon de Melika à devenir un guide plus fiable et plus fluide.

Autonomisée dans sa mobilité, Malika vient désormais tous les jours de Bouge à Bruxelles par le train pour suivre sa formation, et elle aussi a senti sa confiance en elle augmenter. « Dans le module de recherche de stage, on nous explique comment parler de notre difficulté visuelle, et on vient avec des solutions efficaces. Tout ça m’a donné de l’assurance, surtout en rencontrant d’autres personnes dans la même expérience que moi... », souligne Melika qui voudrait par la suite « trouver un emploi dans des services d’aides aux personnes ou dans l’administratif, vers Namur ».

Quant à Sara, 28 ans, elle habite Laeken. Tous les matins depuis 15 jours, cette jeune femme dont les boucles d’oreille nacrées sont joliment assorties à son pull rose clair, prend le tram seule pour suivre des cours à la Ligue Braille dans le cadre de sa formation en bureautique. Elle qui a un diplôme d’éducatrice spécialisée, « préfère de loin le contact humain à l’informatique ». Mais après une discussion avec son job coach, elle s’est rendu compte qu’une formation pour utiliser au mieux le zoomtexte qu’elle connaisssait peu, « tout en améliorant ses bases de néerlandais et en prenant des cours de com qui sont intéressants » allait pouvoir l’aider pour gonfler son CV. Mais surtout, cette formation avec d’autres stagiaires l’a beaucoup aidée « parce que j’ai pas confiance en moi ». Depuis, elle est plus sereine à l’idée de se présenter à un employeur, par écrit comme en personne.

Toutes deux connaissent désormais un nombre incalculable de "raccourcis clavier" qui leur permet d'avancer efficacement sur un ordinateur et manient le zoomtexte avec aisance. Un programme que la Ligue Braille installe dans chaque entreprise ou institution recrutant des personnes malvoyantes.