Julie Arcoulin est chroniqueuse pour lalibre.be depuis quelques années, elle est spécialiste en développement personnel et vient de sortir son troisième livre sur l'emprise, les manipulateurs et les façons de s'en sortir. Elle fait le point sur les pistes, pratiques, qu'elle aborde dans ce manuel qui rend hommage aux victimes.


Oui, c'est possible de sortir gagnant d'une relation toxique. Dans son nouveau livre "Sortir de l'emprise et se reconstruire", Julie Arcoulin identifie les outils et les pièges des manipulateurs et aide les victimes à aller vers la guérison. L'auteuredéveloppe tout un processus à l'adresse des victimes de ces personnes perverses narcissiques à haut pouvoir toxique. Une approche intéressante, pleine de réflexions mais aussi de pratiques, qui rend hommage à ces personnes en souffrance.

Et pour une fois, voici un livre qui parle essentiellement de la manipulation mentale en étant focalisée sur les victimes et pas sur le côté forcément fascinatoire des techniques d'emprise du manipulateur, de leur maîtrise à dévier les sentiments d'autrui tandis qu'eux-même n'ont aucune émotion ni d'empathie, ni de remords.

Nous lui avons demandé de nous en dire plus sur le phénomène de l'emprise et les chemins pour en sortir. Et comme le souligne Julie Arcoulin avant de commencer, « c'est la langue française qui veut que le substantif générique soit masculin. Ce qui ne veut pas dire qu'il y a plus de pervers narcissique que de perverses narcissiques »...


Quand on est sous emprise, comment se sent-on ?

Evidemment, chaque cas est différent mais on pourrait exprimer que chez les victimes, tout les espaces sont occupés : socialement, amoureusement, financièrement, professionnellement... Elles manquent d'espace, elles manquent d'air et elles ne peuvent plus réfléchir. Cela se traduit très concrètement par des troubles du sommeil, des troubles de la concentration, une attitude « à cran »... La victime est peu à peu désidentifiée, puis vidée de sa substance. C'est un peu l'histoire de la grenouille qui ne savait pas qu'elle était cuite. Elle est plongée dans de l'eau dont on augmente la température tout doucement. Au bout d'un moment, elle sent bien que quelque chose ne va pas mais elle ne peut faire autrement que rester.

Mais à un moment donné, les victimes vont avoir un déclic. Aussi isolé que l'on soit, quelque chose se passe, un mot est dit, pas très différent de celui de la veille qui va servir de détonateur.

Le restaurant LOF du Pillows à Gand
Le restaurant LOF du Pillows à Gand © Unsplash

Vous parlez des surefficients comme des proies idéales. Qui sont-ils, pourquoi sont-ils des proies ?

Les victimes des manipulateurs pervers narcissiques ne sont pas des personnes bêtes ou fragiles. Justement, ce sont des êtres conséquents parce que les manipulateurs ont besoin de gens « coriaces » qui ne s'effondrent pas directement. Comme un chat avec une souris pour donner une image.

Les surefficients ce sont des personnes à haut potentiel, des zèbres comme on les appelle plus globalement. Ils ont un cadre de valeurs extrêmement important autour de la famille, de l'engagement social, amoureux, du couple. Pour ne pas piétiner ces valeurs importantes à leurs yeux, elles vont résister, vont accepter. Et surtout, ce sont des êtres avec des attitudes de sauveur qui ne peuvent fondamentalement pas imaginer que des gens soient mauvais, toxiques. Ils pensent qu'avec de l'amour, de la patience, du travail (de leur part!), cela peut aller mieux. Hélas non. Les manipulateurs ne peuvent pas changer. Ils peuvent faire croire qu'ils changent, c'est tout.


Les manipulateurs ne peuvent réellement pas changer ?

A la fin de toutes mes conférences, un membre du public me pose cette question. Toujours. Et ma réponse est toujours la même. Non. La perversion narcissique est un désordre antisocial de la personnalité mis en place pur survivre, c'est un trouble mental de long terme. Cette personne ne peut pas se remettre en question, sa structure psychique ne le lui permet pas. Je dirais même qu'il n'a pas les fonctions nécessaires à sa guérison. La perversion narcissique n'est pas reconnue non plus, il n'y a pas d'études sur eux avec des cas cliniques. Dans la profession, on n'est même pas tous d'accord pour dire que le manipulateur est conscient de ce qu'il fait endurer à l'autre puisque sa caractéristique est de n'avoir aucune empathie.


La victime peut-elle s'en sortir seule ?

Les victimes, ce sont des fils et des filles de pervers narcissiques, des compagnes ou des compagnons de ces êtres toxiques, ce sont des femmes comme des hommes qui ne savent plus qui ils sont vraiment. Il est difficile de s'en sortir seul et c'est bien là la problème aussi c'est que le manipulateur isole. Heureusement, dans bien des cas, une relation extérieure familiale ou amicale forte permet d'apporter un regard sur la situation, une épaule sur laquelle s'appuyer peu à peu. Si l'on sent que quelque chose ne va pas, que l'on est annihilé par une relation et qu'on est isolé, avoir le courage d'aller vers une aide professionnelle peut être salvateur.


Se reconstruire, c'est se reconnecter à soi dites-vous, c'est-à-dire ?

Tout est gangrené et lorsque l'on prend conscience que l'on est dans une relation toxique avec un manipulateur, ce n'est pas gagné pour autant, il y a un travail de reconstruction psychologique comme pratique. Cela commence comme des petites choses comme choisir ses vêtements selon ses propres choix et pas celui, sous-jacent, de l'autre. C'est même réapprendre à manger. C'est long, c'est difficile mais c'est possible, vraiment possible. On récupère peu à peu de l'espace mental et avec cela revient l'esprit critique.

>> "Sortir de l'emprise et se reconstruire - Manuel pratique pour se libérer de la manipulation", Julie Arcoulin. Ed. Le Courrier du Livre.

www.juliearcoulin.com