Le sexe et la table au temps des Hommes de Cro-Magnon

Au fond de la grotte Chauvet, la plus ancienne grotte ornée découverte à ce jour, située dans le sud de la France, des représentations sexuelles féminines témoignent du génie et des préoccupations de nos ancêtres chasseurs-cueilleurs du Paléolithique.

Le sexe et la table au temps des Hommes de Cro-Magnon
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Au fond de la grotte Chauvet, la plus ancienne grotte ornée découverte à ce jour, située dans le sud de la France, des représentations sexuelles féminines témoignent du génie et des préoccupations de nos ancêtres chasseurs-cueilleurs du Paléolithique.

Découverte en 1994, le grotte dont les parois sont couvertes de centaines de peintures rupestres datant de 25.000 à 37.000 ans est candidate à l'inscription par l'Unesco au patrimoine mondial de l'humanité. Elle n'est accessible qu'aux seuls chercheurs mais le grand public pourra en découvrir les richesses à partir de fin 2014 dans un "espace de restitution" dont la construction a été officiellement lancée vendredi.

"Il y a, à Chauvet, des représentations de sexes féminins isolés, symboles sexuels tout à fait surprenants. On a l'impression que ces vulves font partie des phantasmes modernes. Or ce sont des images qui ont existé dès que l'Homme a commencé à dessiner", explique à l'AFP Brigitte Delluc, docteur en Préhistoire et spécialiste d'art paléolithique.

Elle a fait partie de la première équipe de préhistoriens et d'experts à avoir visité la grotte Chauvet en janvier 1995, peu de jours après sa découverte le 18 décembre 1994 par trois spéléologues.

Parmi les inestimables dessins d'animaux, peints et gravés restés dans un état de remarquable conservation, les chercheurs ont découvert dans la partie la plus profonde de la caverne un ensemble tout à fait étrange, dessiné sur une lame de rocher: deux cuisses féminines enserrant un sexe féminin, au contact d'une tête de bison.

"Il est très rare de découvrir un dessin représentant le bas du corps d'une femme", souligne Dominique Baffier, conservatrice du patrimoine en charge de la grotte Chauvet et préhistorienne spécialiste de l'art pariétal.

Ces dessins sont l'oeuvre des Homo sapiens arrivés en Europe au Paléolithique supérieur --le nom familier étant Hommes de Cro-Magnon. Ils possédaient des capacités intellectuelles identiques aux nôtres, l'acquis culturel en moins et déjà un vrai génie pictural, il y a trois cents siècles.

Selon Gilles Delluc, --l'époux de Brigitte, lui aussi préhistorien et médecin des hôpitaux,--, dès l'invention de l'art il y a 30.000 ans, les Cro-Magnons ont dessiné des animaux, des femmes qu'on appelle des Vénus, des sexes féminins et des phallus.

Ils étaient capables de dessiner des parties de corps, mais il n'y a pratiquement pas au Paléolithique de représentations de rapports sexuels. Elles abonderont ensuite au Néolithique, il y a moins de 10.000 ans, précise le médecin.

Les Cro-Magnons "nous ont laissé aussi un millier de représentations de femmes sculptées ou dessinées, caractérisées par une +obésité gynoïde+ (fesses et cuisses)", selon M.Delluc, avec des seins tombants, rançon de grossesses répétées, mais aucune obésité de surcharge alimentaire et de sédentarité, comme on en voit tant aujourd'hui.

Pourquoi ce choix pictural ? Peut-être pour des motifs esthétiques ou érotiques, comme chez Rubens, Renoir ou Botero, ou plutôt parce que ces femmes, douées d'une lactation abondante, nourrissaient bien leur enfant. Les Cro-Magnons étaient semblables à nous, à trois mini-différences près: "une taille plus grande, un crâne moins rond et une mâchoire légèrement plus longue", décrit le préhistorien.

Depuis l'origine, les humains sont des omnivores. Leur ration de protides provenait des animaux sauvages (surtout renne et poisson), pauvres en acide gras saturés facteur d'athérome: cinq à dix fois moins que nos animaux d'élevage.

Et les travaux modernes montrent qu'ils consommaient aussi légumes et fruits. Le médecin vante aujourd'hui les mérites de cette alimentation à travers des conférences internationales et des articles scientifiques: "Pour l'homme moderne il y a des leçons à en tirer pour lutter contre les maladies de surcharge pondérale".

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