Faut-il blanchir le Père Fouettard ?

Certains de nos voisins les plus septentrionaux se sont aperçus que la négritude du Père Fouettard - "Zwarte Piet" voor de nederlandstaligen - pouvait être l’ expression d’un colonialisme qui ne devrait plus avoir cours au XXIe siècle.

Christian Laporte
Faut-il blanchir le Père Fouettard ?
©AP

En soi, la controverse n’est pas neuve aux Pays-Bas puisqu’elle a déjà sévi avec une certaine force dans les années 1980, mais elle a resurgi avec une telle intensité ces dernières semaines qu’elle a fini par se répercuter sur les esprits de ce côté du Moerdijk. Le problème ? Certains de nos voisins les plus septentrionaux se sont aperçus que la négritude du Père Fouettard - "Zwarte Piet" voor de nederlandstaligen - pouvait être l’ expression d’un colonialisme qui ne devrait plus avoir cours au XXIe siècle.

Une assertion qui ne pouvait que faire débat aussi en Flandre, surtout qu’entre-temps, la question a touché l’hémicycle parlementaire européen Et ce vendredi, au musée d’Afrique centrale à Tervuren, la question devrait aussi s’inviter à une journée de colloque du Collectif "Mémoire coloniale et Lutte contre les discriminations" avec des experts et des spécialistes de nos diverses institutions universitaires

Autant savoir : il y a un fossé entre les défenseurs intégraux de la tradition de saint Nicolas, pas racistes pour un cent mais convaincus que "Zwarte Piet" est plus un proche collaborateur qu’un esclave du mythique saint et un nombre certain de militants africains installés dans nos contrées qui lui trouvent un fumet colonialiste

Le débat n’est pas simple car les positions sont plutôt tranchées. Pour Geert Vandenhende, le vice-président de la très sérieuse Sint-Niklaasgenootschap qui a pignon sur rue en Flandre, le personnage de "Zwarte Piet" n’est né que vers 1850 dans l’imagination fertile de Jan Schenkman, un écrivain néerlandais qui avait voulu mieux identifier le fidèle serviteur de Nicolas. Mais sans jamais vouloir le diaboliser, voire le réduire à un état d’infériorité à relier au colonialisme. Il est vrai que ce serait quelque peu anachronique, la colonisation de l’Afrique étant un peu postérieure. Mais c’est faire peu de cas de la tradition espagnole, qui avait flanqué l’ami des enfants d’un compagnon maure

Là où l’on a quelque peine à suivre les "aficionados" du grand saint, c’est lorsqu’ils affirment froidement que "Piet" ne devient "zwart" qu’en affrontant la suie des cheminées

Toujours est-il que dimanche dernier lors d’un talk-show à la télé néerlandaise, des voix se sont levées contre "un symbole clairement raciste". On n’en est pas (encore) là chez nous, mais Omar Ba, le porte-parole de la Plate-forme anversoise des communautés africaines, veut ouvrir le débat. Et se demande sérieusement si le cliché n’est pas dépassé aujourd’hui. La députée européenne Kathleen Van Brempt (SP.A) entend, elle, désamorcer la bombe : "la semaine dernière, ma fille a participé à une fête où le grand saint était noir avec à ses côtés un Witte Piet" On a un an pour trouver une solution