Pourquoi dit-on: passer l'arme à gauche, dans le plus simple appareil...?

Les informations sont truffées d'expressions courantes... aux origines peu connues: Être au septième ciel, dans le plus simple appareil, à l'article de la mort, dans une auberge espagnole,... Jacques Mercier nous livre ses explications.

Dorian de Meeûs
Pourquoi dit-on: passer l'arme à gauche, dans le plus simple appareil...?
©Racine

Les informations sont truffées d'expressions courantes, aux origines peu connues...

Vous êtes nombreux à nous envoyer vos questions à l'adresse ask@lalibre.be. Parmi elles, vous nous demandez régulièrement d'expliquer l'origine de telle ou telle expression utilisée dans l'un ou l'autre de nos articles: Passer l'arme à gauche, être au septième ciel, dans le plus simple appareil, dans une auberge espagnole,...

Amoureux de la langue française, Jacques Mercier dévoile ses explications pour des expressions anciennes et contemporaines dans son dernier livre "Les 500 plus belles expressions de Monsieur Dictionnaire"(*). Il y a quelques mois, Monsieur Dictionnaire nous avait donné sa signification pour des expressions envoyées par des internautes de la LaLibre.be.

Morceaux choisis:

Dans le plus simple appareil
Nu

L’appareil, au xvie siècle, désignait l’apparence et même l’apparat (un éclat pompeux et solennel). Le « costume d’apparat » était le vêtement souvent fastueux de ceux qui se rendaient « en grand appareil » à une cérémonie. C’est à Racine, dans Britannicus, que l’on doit l’expression : « Belle, sans ornement, dans le simple appareil d’une beauté qu’on vient d’arracher au sommeil. » Il s’agit d’un oxymore (deux mots « incompatibles » accolés pour en accentuer le sens) puisqu’un appareil était totalement contraire à la simplicité et à la nudité du « simple appareil ».

Passer l’arme à gauche
Mourir

L’expression date du Moyen Âge. Lors d’un mariage, les écus des deux familles nobles pouvaient être rassemblés pour former un nouveau blason. Les armes (armoiries) du mari figuraient à droite, celles de la femme à gauche. Lorsque le mari décédait, ses armes étaient placées à gauche du blason. Cela signifiait donc qu’il venait de rendre l’arme… et l’âme.

Faire le buzz
Lancer une rumeur pour créer un événement

Buzz, en anglais, signifie bourdonnement. Il est entré dans la langue française en 1994. Il désigne le bouche à oreille d’aujourd’hui, celui qui peut être provoqué à grande vitesse via les réseaux sociaux, par l’Internet, etc. On l’utilise dans la promotion d’un produit, d’une image ou d’un événement.

À l’article de la mort
À la fin de l’agonie

L’expression In articulo mortis, en bas latin du xvie siècle, donna la traduction « à l’article de la mort ». En réalité, il aurait fallu traduire par « au moment de la mort ».

Une auberge espagnole
Un lieu où l’on ne trouve que ce qu’on y apporte

L’expression remonte au xixe siècle. Les auberges espagnoles avaient mauvaise réputation, en particulier dans les récits des chroniqueurs du Nord. On conseillait aux voyageurs d’apporter leur nourriture et leur boisson s’ils voulaient se sustenter convenablement ! La variété des plats des auberges espagnoles, puisque chacun apportait le sien, ajoute une nuance de diversité.

C’est la bérézina
C’est une défaite cuisante et complète

La Bérézina est une rivière située près de la ville de Borissov, aujourd’hui en Biélorussie. En novembre 1812, Napoléon Ier et sa « Grande Armée » livrèrent la bataille de la Bérézina, assaillis par les armées russes, qui comptaient sur l’obstacle de cette plaine marécageuse pour les anéantir durant leur retraite. Pourtant, malgré leur supériorité numérique et leurs initiatives, les Russes ne réussirent pas à anéantir l’armée impériale éprouvée par la retraite. Dans l’imaginaire, et par les récits tragiques d’écrivains comme Balzac et Hugo, la Bérézina est cependant restée le symbole de la tragique retraite de Napoléon et de la débâcle que fut sa campagne de Russie, et la « bérézina » devient synonyme d’une grande catastrophe, d’un désastre cuisant.

Compter pour du beurre
Ne rien valoir

Avant le xixe siècle, la locution « de beurre » désignait une chose sans valeur. On lit même dans un dictionnaire de l’époque l’expression « vendre du beurre », être mis de côté par la société. On disait des jeunes filles qui n’étaient pas invitées à danser au bal qu’elles « vendaient du beurre » ! Aujourd’hui, on continue à « compter pour du beurre » quand on ne vaut rien ; par exemple, on joue « pour du beurre » un coup pour rien en début de partie.

Être au septième ciel
Éprouver un grand bonheur

Le ciel a depuis longtemps symbolisé le bonheur. On disait « être ravi au ciel » lorsqu’on était « ravi » par des plaisirs qui amenaient au bonheur. Dans l’Antiquité, on considérait la terre comme le centre de l’univers, une planète entourée de sphères (chaque sphère est un ciel) : celle de la lune, de Mercure, du soleil… jusqu’à la septième, Saturne. Venait audessus la sphère du firmament, qui portait les étoiles et nous séparait de Dieu. La troisième sphère, le troisième ciel, était dévolue à Vénus, déesse de l’amour. Au xve siècle, lorsqu’on était amoureux, on était au troisième ciel ! Mais c’est finalement le ciel le plus haut, le septième, qui l’emporta pour situer aujourd’hui la félicité amoureuse.

(*)"Les 500 plus belles expressions de Monsieur Dictionnaire" de Jacques Mercier et préfacé par Philippe Geluck est publié chez Racine.


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