Les prostituées de la Croisette

Le Festival de Cannes, ce sont les stars prestigieuses, les paillettes, les films, le tapis rouge, la Palme d'Or et les soirées. Des nuits qui cachent aussi l'envers du décor.

Cl.D.
Les prostituées de la Croisette
©AFP

Le Festival de Cannes, ce sont les stars prestigieuses, les paillettes, les films, le tapis rouge, la Palme d'Or et les soirées. Des nuits qui cachent aussi l'envers du décor: les prostituées présentes durant cette quinzaine cinématographique. C'est "le plus gros jour de paie de l'année", explique une escort-girl au magazine The Hollywood Reporter.

A la veille de la cérémonie d'ouverture, le magazine américain se penche sur les coulisses parfois sombres du plus grand festival de cinéma au monde; et l'argent y fait toujours figure de favori.

The Hollywood Reporter revient sur un scandale qui a éclaboussé le Festival en 2007. Elie Nahas, un riche homme d'affaires libanais, est l'une des personnes impliquées dans cette histoire de prostitution, la plus importante de l'histoire de la Croisette.

A l'époque, l'homme possède une agence de mannequins à Beyrout. Il est également le bras droit de Moatessen Kadhafi, le fils de Mouammar, le dictateur libyen.

Il est donc arrêté en août 2007 dans sa chambre d'hôtel du Carlton à Cannes. Les enquêteurs le soupçonnent, ainsi que 7 autres personnes, de commander un réseau de prostitution de luxe impliquant 50 jeunes femmes "de plusieurs nationalités". Ce trafic fournit des princes arabes présents sur la Croisette.

En octobre dernier, Elie Nahas est condamné à huit ans de prison à Marseille. Depuis, l'homme est au Liban avec une interdiction de quitter le pays. Selon la police, les femmes, tant des escort-girls que des mannequins ou des reines de beauté, offraient leurs services dans les hôtels, les yachts et de luxueuses demeures sur les collines de la Côte d'Azur. Un avocat de l'organisation contre la prostitution, basée à Paris, affirme au magazine que les jeunes femmes étaient amenées sur la Croisette sous de fausses excuses avant d'être forcées à se prostituer.

Elie Nahas nie toujours à l'heure actuelle être impliqué dans un réseau de prostitution. Il estime avoir été injustement entrainé dans cette affaire sexuelle. Durant son interview téléphonique avec The Hollywood Reporters, l'homme d'affaires a estimé que ses relations l'ont mis à mal. "La police sait ce qu'il se passe durant le festival, mais ils font semblant de rien. Après, ils viennent après moi. Pourquoi? Parce que je travaillais pour Kadhafi".

Un beau petit pactole

Ces filles de joie pourraient faire payer jusqu'à 4000 dollars la nuit. Une prostituée parisienne indique même qu'il s'agit du "meilleur jour de paie de l'année". Une autre fille de joie cannoise, Daisy, attend cette période avec impatience, comme elle l'a expliqué au magazine américain.

Habituellement, cette dernière évite les bars et les hôtels, mais durant la quinzaine du festival, c'est du pain béni. "Il y a beaucoup de compétition parce qu'il y a énormément de filles, mais les locales ont un avantage. Nous connaissons les concierges des hôtels". Selon certaines sources, il y aurait de 100 à 200 prostituées par jour de passage dans les grands hôtels.

Les montants peuvent parfois être faramineux, des sommes au-delà de l'imaginable. "Elles peuvent se faire jusqu'à 40.000 dollars la nuit. Les Arabes sont les plus généreux du monde. S'ils vous aiment, ils vous donneront beaucoup d'argent. A Cannes, ils se baladent avec des liasses de 10.000 euros. Pour eux, c'est comme du papier. Ils ne les comptent même pas. Ils les donneront aux filles sans même réfléchir. Je connais le système", confie Elie Nahas.

Et les filles, tout comme leurs clients, ont une tactique bien huilée. Les choses sérieuses débutent généralement vers 22h, selon l'homme d'affaires. Les call-girls attendent dans le hall d'entrée des hôtels et les clients peuvent ainsi faire leur choix. "Ça se fait avec des signes de la main. Les clients signalent le numéro de leur chambre par les mains et les filles les suivent", explique encore l'homme.

Tout de même un peu impliqué

Ces réseaux de prostitution, Elie Nahas nie donc en être le dirigeant. Mais il avoue tout de même avoir organisé le voyage de filles durant le Festival de Cannes. Son travail consistait à venir chercher les filles à l'aéroport de Nice et à les emmener sur le port de la ville. Il devait ensuite les amener sur le yacht de Kadhafi et d'autres luxueux bateaux. Mais il insiste: "Je ne sais pas ce qu'il se passait entre eux. Je n'y prenais pas part. Ils passaient peut-être juste leur temps à discuter et à s'amuser".

Pour Elie Nahas, ces soirées sur les bateaux de richissimes hommes d'affaires ou de princes ne datent pas d'hier. "Chaque année durant le festival, il y a 30 ou 40 yachts luxueux dans la baie de Cannes et chaque bateau appartient à une personne très riche. Chaque bateau a aussi 10 filles dessus; ce sont souvent des mannequins et elles sont souvent nues ou à moitié nues. C'est drogue, boisson et magnifiques femmes. Allez sur l'un d'entre eux et vous verrez. Les filles attendent leur enveloppe à la fin de la soirée. Ça se passe comme ça depuis 60 ans".

Et la prostitution durant le Festival de Cannes ne touche pas que des filles venues principalement de Paris, de Londres, du Venezuela, du Brésil, du Maroc et de Russie. Certaines actrices en manque de notoriété peuvent aussi rapidement faire le choix de l'argent. "Elles se disent que ce qu'elles font à Cannes est ok, qu'elles sont juste en rendez-vous avec des hommes riches, mais la réalité est qu'elles font ce que les prostituées font", déclare Elie Nahas.

La Croisette, c'est donc surtout le rendez-vous de l'argent. Un envers du décor bien souvent caché et ignoré.