D'où vient le « point Godwin »?

Lors des débats sur le projet de loi "mariage pour tous" à l'Assemblée en France, le député socialiste de l'Hérault, Christian Assaf, a déclaré: "le temps du triangle rose est terminé". Cette allégation a bien entendu choqué l'opposition...

D'où vient le « point Godwin »?
©D.R.
S.C

Lors des débats sur le projet de loi "mariage pour tous" à l'Assemblée en France, le député socialiste de l'Hérault, Christian Assaf, a déclaré: "le temps du triangle rose est terminé". Cette allégation a bien entendu choqué l'opposition. C'est une référence au sigle d'identification que des milliers d'homosexuels allemands étaient obligés de porter durant la Seconde guerre mondiale. Jeudi dernier, le Premier ministre hongrois Viktor Orban a, selon la presse, laissé sous entendre une relation entre la chancelière allemande Angela Merkel et le passé nazi de son pays. Pour certains politiques, modérateurs et journalistes, ces personnes citées dans ces deux exemples ont atteint le "point Godwin".

Cette expression est formulée pour la première fois au début des années 1990 par un avocat américain, Mike Godwin. Ce dernier met en avant son raisonnement: "Plus une discussion en ligne dure longtemps, plus la probabilité d’y trouver une comparaison impliquant les nazis ou Adolf Hitler s’approche de 1." En d'autres termes, plus le débat est long, plus les risques d'être comparé à Hitler sont grands, même s'il ne s'agit que d'une simple discussion autour d'un gâteau au chocolat. Le point Godwin, c'est donc le moment où le débat est court-circuité, où le processus de réflexion est interrompu et où les échanges constructifs cessent.

Le principe n'est pas tout à fait neuf. En 1951, le philosophe Leo Strauss ironisait avec son expression "Reductio ad Hitlerium". Pour lui, l'utilisation du nazisme devient un argument pour exclure l'adversaire du champ de discussion. Tandis que la loi Godwin émet l'idée que cet argument est inévitable lorsque le débat s'éternise ou s'envenime. Dans les années 80, cet avocat découvrait internet et était choqué par le nombre de clichés touchant à la Seconde Guerre mondiale. Pour lui, ces propos annihilaient dangereusement le véritable contexte historique. Son objectif était d'améliorer le fonctionnement des premiers forums de discussion et d'empêcher la banalisation des crimes nazis. La loi Godwin est aujourd'hui un des mèmes (phénomène décliné en masse sur internet) les plus populaires de la toile. C'est d'ailleurs une des armes favorite de l'internaute qu'on nomme "le troll" (celui qui parasite les espaces de discussion). Ce "point de non retour" se transforme dans les forums en une sorte de mauvaise note. Ainsi, les participants peuvent accorder à d'autres des points Godwin.

Depuis, cette loi est également invoquée dans la vie réelle. "Le nazisme est la pire chose à laquelle vous pouvez penser, explique Mike Godwin. Lorsque vous êtes dans une sorte d'escalade rhétorique avec quelqu'un avec qui vous êtes en désaccord, c'est un peu facile d'y faire référence si vous n'êtes pas très regardant sur vos arguments." Aujourd'hui, une personne qui atteint le point Godwin est vue comme quelqu'un qui n'a plus d'arguments, qui a donc perdu le débat.


Sur le même sujet