Chaleur rime-t-elle avec violence?

Une étude américaine établit un lien entre températures élevées et hausse de l'agressivité. Interrogé sur le sujet, un psychiatre n'est pas aussi catégorique.

Chaleur rime-t-elle avec violence?
©Reporters
Laurence Dardenne

Attendez, je ferme la porte pour pouvoir vous répondre au calme. Il y a justement quelqu’un qui est un peu agité dans le couloir…" Contacté par nos soins entre deux consultations en Psychiatrie adulte, à la Cellule d’urgence et de crise des Cliniques universitaires Saint Luc, le Dr Gérald Deschietere se montre pour le moins circonspect quant à établir un lien évident entre températures ambiantes élevées et augmentation des comportements violents, comme le suggère la méta-analyse parue, jeudi, dans la réputée revue Science.

Malgré la vague de chaleur qui a sévi au cours du mois de juillet, l’activité fut en réalité plutôt calme dans son unité de crise. "Dans ma pratique clinique de ces dernières semaines au cours desquelles la température fut effectivement fort élevée, je ne peux honnêtement pas dire que nous avons assisté à une augmentation de l’agressivité auprès des patients ou du nombre de consultations pour actes de violence, nous confie le psychiatre. Je resterais donc très prudent et je ne ferais pas de corrélation aussi claire entre la chaleur et l’incidence de comportements violents de certains individus".

Quelques explications quand même…

Cela dit, s’il fallait néanmoins avancer quelques explications entre température ambiante élevée et plus grande irritabilité, "il est un fait que, lorsque les températures sont élevées, on éprouve généralement plus de difficultés à dormir. On sait en effet qu’un endroit relativement frais est indiqué pour avoir un bon sommeil. Le fait que le corps ne puisse pas, grâce au refroidissement physiologique qui doit normalement intervenir pendant la nuit, trouver le sommeil peut jouer. Les gens qui dorment moins bien sont généralement plus irritables en journée et donc probablement plus violents pour certains du moins. Sans doute, dans ces conditions, peut-on avoir moins de capacité à être tolérant et à accepter certaines choses. Il est évident que la chaleur provoque une sorte d’épuisement psychique de l’individu, qui fait qu’il se montre moins patient qu’en d’autres circonstances".

Une autre explication pourrait être le phénomène de déshydratation. "Il fait chaud et il faut donc boire davantage, c’est une évidence, poursuit le Dr Gérald Deschietere. Or le manque d’hydratation peut provoquer une petite défaillance au niveau ionique et, par rapport à cela, on peut aussi se montrer un peu plus irritable.

Je dirais donc que les deux éléments physiopathologiques principaux qui pourraient expliquer cette co r rélation sont le manque et/ou la moindre qualité de sommeil ainsi qu’un phénomène éventuel de déshydratation. Deux éléments susceptibles de diminuer la tolérance et dès lors de favoriser les accès de violence, qu’elle soit verbal, psychique ou physique".

Besoin d’une plus grande bulle d’air

Une autre hypothèse, plus phénoménologique celle-là, serait que "la bulle que l’on a besoin d’avoir autour de soi devient plus importante quand il fait chaud que lorsqu’il fait froid, explique encore Gérald Deschietere. On éprouve le besoin que les gens soient plus à distance, tout simplement parce que l’on rayonne aussi en tant qu’être humain au niveau des chaleurs, par convection, par transpiration…, ce qui fait que l’on a besoin de plus d’espace autour de soi. Et comme ce n’est pas toujours possible, cela peut amener davantage de frictions entre les personnes. L’autre apparaît plus menaçant et ce sont des réflexes archaïques qui surgissent".

À propos de réaction archaïque, parmi les études auxquelles les chercheurs américains ont fait référence dans la méta-analyse, on évoque la théorie des récoltes moins bonnes par sécheresse entraînant une propension plus grande des hommes à prendre les armes afin d’assurer leur subsistance.

Enfin, un autre facteur susceptible d’expliquer ce phénomène pourrait tenir aux longues soirées bien arrosées en terrasse… "Il est évident qu’une consommation importante d’alcool est un facteur aggravant de violence dont il faut tenir compte en l’occurrence", complète le psychiatre.

Une explication de plus qui en vaut une autre…Laurence Dardenne

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